samedi 4 décembre 2010

« Les Salauds Dorment en Paix » (Warui yatsu hodo yoku nemuru) d'Akira Kurosawa (1960)

    Il y a quelque chose d'Hamlet dans « Les Salauds Dorment en Paix », indéniablement. C'est une oeuvre intense, fiévreuse, asphyxiante, douloureuse malgré sa forme sobre et lente, à l'instar du personnage incarné par Toshiro Mifune, remarquable d'intériorité bouillonnante et tourmentée ne laissant rien (ou presque) transparaître! Akira Kurosawa signe là l'un de ses films les plus noirs, les plus amers : une tragédie shakespearienne parcourue d'instants de tension extrême, d'ardente frénésie. Les spectres réclament leur dû, la mort hante des ruelles d'une noirceur que transpercent quelques rares faisceaux de lumière, à l'image d'un monde corrompu et pourri étouffant toute lueur d'espoir. Ce monde-là c'est celui « des affaires », c'est devenu notre monde, et c'est la scène où éclatent les diverses intrigues qui parcourent cet imposant long métrage. « Les Salauds Dorment en Paix » compte parmi les « films noirs » de Kurosawa, ces longs métrages d'inspiration contemporaine, sombres instantanés d'un pays au sortir de la guerre pour ce qui était de ses premiers essais (« L'Ange Ivre », « Chien Enragé ») ou en plein développement économique pour ceux qui suivirent (le présente long métrage donc, et « Entre le Ciel et l'Enfer »). Il est clair que l'on ne peut pas les circonscrire au seul genre « policier » : il s'agit de véritables drames modernes d'une actualité brûlante et à l'envergure conséquente, touchant de nombreuses problématiques politiques et sociales. Mais ces enjeux pour le moins sensibles et complexes ne prennent guère pour autant le pas sur l'essence cinématographique du long métrage, la mise en scène de Kurosawa est une fois de plus prodigieuse ! La séquence du banquet au tout début est à ce titre le parfait exemple de la maîtrise cinématographique du Sensei... Tout est dit en quelques minutes, tout est dit sur les personnages, leurs caractères, les rapports conflictuels qui les lient, l'horreur de leur situation,... Une esthétique qui reflète merveilleusement bien par ailleurs le ton profondément pessimiste du film, probablement l'un des plus sarcastiques du grand cinéaste nippon! Impressionnant!

[4/4]

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