vendredi 31 décembre 2010

« ABC Africa » d'Abbas Kiarostami (2001)

    « ABC Africa » a ceci de particulier qu'il ne prétend pas à une vérité objective, contrairement à nombre de documentaire soigneusement commentés par une voix-off lénifiante. Comme bien souvent chez Abbas Kiarostami le geste, l'éthique de celui qui est amené à filmer est remis en question, soupesé, ostentiblement mis en avant pour éviter tout malentendu et pour proposer matière à réflexion. Il s'agit donc d'un documentaire certes, mais du point de vue d'un étranger se rendant pour un temps limité en terre africaine, découvrant avec nous un pays, un peuple, des femmes et des enfants rescapés des guerres civiles et de l'épidémie de SIDA en Ouganda, ainsi que les gens qui les aident. La gêne que l'on peut ressentir à certains moments lorsque sont filmés des moments intimes, banals ou difficiles, c'est celle de Kiarostami et de son équipe, c'est celle que rencontre tout documentariste qui ne peut qu'espérer dépasser son statut de « voyeur » en gagnant la confiance de ceux qu'il enregistre sur pellicule. Car inutile de le nier, et c'est d'ailleurs ce que Kiarostami a le courage de montrer, on s'immisce véritablement chez des personnes qui sont contraintes d'accepter, souvent sous l'effet de la surprise, la présence envahissante d'une caméra. Une fois de plus Kiarostami n'hésite pas à déjouer le processus filmique, à dévoiler les ressorts d'une telle entreprise et à littéralement afficher l'effet de la caméra sur le sujet filmé, son interaction avec lui. Le plus bel exemple en sont ces séquences dans la rue où les enfants, intrigués, viennent s'agglutiner face à la caméra de nos reporters, sautillant, grimaçant, riant devant cet objet qui les regarde. C'est d'ailleurs amusant car on a l'impression que c'est notre propre présence qui fait cet effet, on se sent véritablement à la place des caméramans et Kiarostami nous implique ainsi complètement dans son projet : s'il questionne son regard, il interroge tout autant le nôtre! Les films de Kiarostami nous incitent à méditer sur le cinéma, ses documentaires font donc de même quant au « genre » auxquels on les rattache (sans compter qu'avec le cinéaste iranien la frontière documentaire/fiction est de toute façon plus que poreuse). Une fois encore je ne peux que saluer l'intelligence et l'honnêteté de la démarche, d'autant qu'« ABC Africa » est un documentaire d'une beauté et d'une force remarquables.

[2/4]

jeudi 30 décembre 2010

« Médée » (Medea) de Pier Paolo Pasolini (1969)

    Le problème avec l'art de Pier Paolo Pasolini, c'est que s'il s'avère poétique il est peut-être plus encore symbolique, voire conceptuel et même politique (d'un symbolisme littéraire même : voyez le rôle primordial – car explicatif – que tient la parole dans son oeuvre!). Si « Médée » est d'une part un film pictural, illustratif, se « contentant » à l'instar de son « Oedipe Roi » et de « L'Evangile Selon Saint Matthieu » de mettre en images un texte d'une grande richesse, Pasolini y ajoute à un second degré sa sensibilité et soumet l'oeuvre de départ à sa vision, en plaçant derrière ses personnages et les diverses séquences du film des idées et un sens précis (principalement ici la nostalgie du sacré chez l'homme face à une modernité aliénante). C'est là qu'intervient le concept, je crois même que c'est là que réside la maladresse qu'il m'a semblé déceler dans plusieurs de ses longs métrages : les acteurs ne vivent pas réellement, ils restent relativement superficiels, réduits à leur physique et à l'idée qu'ils représentent. De même la structure du film est plutôt lâche, pas vraiment maîtrisée : certains passages sont très riches de sens, et le reste sert un peu d'« habillage » pour étoffer le tout. Le début par exemple est magnifique, comptant peut-être parmi ce que Pasolini a filmé de plus beau. Mais trop souvent par la suite il m'est apparu davantage se soucier du cliquetis de ses costumes, du baragouinage ou des danses rituelles de ses figurants que de l'émotion profonde de son film une fois le symbole amené. Entendons-nous bien, les oeuvres de Pasolini sont suffisamment riches et complexes pour fuir toute tentative de simplification. Néanmoins j'ai toujours trouvé ses films assez artificiels et « froids », d'une froideur toute intellectuelle, et je n'explique cette sensation que par le manque de cette essence purement cinématographique qui fait l'étoffe des grands chefs-d'oeuvres du 7e art à mes yeux... Je peux néanmoins me tromper (surtout qu'avant même la forme c'est peut-être en réalité le fond qui me gêne), quoiqu'il en soit « Médée » mérite le coup d'oeil, d'autant qu'il propose des plans magnifiques aux couleurs chatoyantes! Dommage par contre que certains anachronismes viennent rompre l'harmonie du long métrage, comme ces chants japonais mal synchronisés, surtout peu vraisemblables et détournant malencontreusement l'attention du spectateur... Pour le reste c'est sans doute l'un des meilleurs films de son auteur!

[2/4]

« Une Nuit à l'Opéra » (A Night at the Opera) de Sam Wood (1935)

    Une comédie parfois très drôle, mais pour tout dire assez lourde. Il est rapidement manifeste que les frères Marx viennent « de la scène » : « Une Nuit à l'Opéra » tient par trop du théâtre, du spectacle filmé pour qu'il constitue un réel chef-d'oeuvre de comédie cinématographique. C'est un peu le « Marx show » : chacun des célèbres frères possède son morceau de bravoure (à ce titre Chico au piano et surtout Harpo à la harpe méritent le coup d'oeil!). On ne devient alors plus spectateur d'un film mais de numéros de music-hall qui se suivent inlassablement, et qui se retrouvent greffés sur une trame de comédie classique à l'américaine : à savoir l'histoire d'un couple de jeunes premiers amoureux séparés par la vie et des méchants dont on rira à leurs dépens, au gré de chansons et de chorégraphies dansées sorties un peu de nulle part. Eh oui, le spectacle avant tout! Vous l'aurez compris, toute l'artillerie hollywoodienne est déployée par Irvin Thalberg, producteur exécutif du film, mais si cela a permis de conquérir le public à une certaine époque, aujourd'hui il faut bien le dire « Une Nuit à l'Opéra » n'a plus grand intérêt. La logorrhée de Groucho Marx est fatigante, mais elle fait encore mouche de temps en temps, d'autant que ce genre d'humour verbeux est aujourd'hui toujours pratiqué, même si rarement avec succès. Harpo Marx et son personnage de clown premier degré et muet est en revanche plus savoureux, tout à fait à son aise pour introduire avec ses frères le chaos dans la haute-société des habitués de l'opéra. En fait c'est surtout l'ensemble qui s'avère maladroit : les ficelles scénaristiques sont énormes, et l'on assiste à ce genre de films typiquement hollywoodiens tellement codifiés en se voulant virtuoses que l'on en vient à littéralement étouffer devant un humour souvent très forcé. On est bien loin des Charlie Chaplin et autres Buster Keaton, encore plus d'un Jacques Tati : malgré la relative sophistication du film ça n'est pas un modèle de subtilité et de comique visuel et sonore. Trop de répétitions, trop d'effets de style, trop de conventions pèsent sur « Une Nuit à l'Opéra », d'autant que la poésie y est une denrée rare. Un assez solide film de divertissement, poussif et quelque peu passé de mode, guère plus.

[1/4]

mardi 28 décembre 2010

« L'Argent » de Robert Bresson (1983)

    Ça me fait tout drôle de le dire, mais à mon sens « L'Argent » est l'un, sinon le film le plus violent de Robert Bresson. Pourquoi tout drôle? Car l'art de Bresson est la délicatesse même, et la violence qui explose dans ce long métrage n'heurtera sans doute pas grand monde. Il faut dire qu'avant cela il faut savoir apprécier à sa juste valeur la façon de faire si particulière de Bresson pour pouvoir en saisir l'immense subtilité, ainsi que les aspérités parfois tranchantes de son cinématographe. Mon ton paraîtra peut-être condescendant, mais c'est avant tout car j'essaie de mettre en garde le lecteur qui pourrait s'avérer déçu en visionnant ce film, je parle en connaissance de cause : j'ai mis beaucoup de temps à dépasser mon appréhension, voire mon horreur de ce cinéma si austère et particulier. Ce genre de long métrage, même s'il s'adresse à tous, est donc davantage réservé à un public « aguerri ». Néanmoins c'est un film d'une grande limpidité, d'un grand dépouillement : on est à mille lieues de l'intellectualisation du 7e art! Il est en revanche quelque peu hermétique (énigmatique serait plus approprié) dans ses divers niveaux de lecture, même si l'on peut distinguer assez aisément dans « L'Argent » l'hostilité de Bresson envers l'évolution matérialiste du monde. La violence absurde d'un personnage au début innocent puis pris dans l'étau du mensonge qui l'entoure, c'est peut-être celle de l'artiste français qui après s'être tant contenu (encore que beaucoup de ses films s'avèrent douloureux et torturés) cherche à se débattre dans un ultime geste de désespoir... Cette figure de l'être seul face au monde et la société hante toute la filmographie de Bresson. Et une fois encore il nous livre là une oeuvre (ou un essai préfèrerait-il que l'on dise) étouffante, sombre, terrible! Certes la grâce et le pardon sont encore possible, mais comment pourraient-ils triompher du mal? Le bien est la seule solution envisageable, elle existe donc, mais comme souvent chez Bresson c'est quelque chose d'immensément fragile. On retourne ainsi au Dostoïevski de « Pickpocket », même si la fin est sensiblement différente... « L'Argent » est beaucoup plus effrayant!

[4/4]

« Moustapha Alassane, Cinéaste du Possible » de Maria Silvia Bazzoli et Christian Lelong (2009)

    Un documentaire très instructif, surtout en ce qu'il révèle de l'existence passionnante du génial touche-à-tout Moustapha Alassane! Chronologiquement nous est racontée sa carrière, parallèlement à des séquences le montrant encore au travail à 67 ans et de nombreuses interviews en sa présence ou auprès de certains de ses amis, de ses confrères ou encore de critiques de cinéma africains. C'est avec un immense plaisir que l'on découvre les conditions de réalisation de ses divers courts et longs métrages, que l'on en apprend davantage sur la naissance du cinéma nigérien et par la même occasion du cinéma africain. La vie de Moustapha Alassane est un véritable hymne à la création artistique : c'est l'histoire d'un gamin qui a fabriqué sa propre « lanterne magique », puis s'est battu tout au long de son existence pour pratiquer son art dans des conditions extrêmement difficiles, avec très peu de moyens, mais qui encore aujourd'hui croit en ce qu'il fait, en la nécessité de donner accès à l'art aux populations africaines, et en particulier les plus jeunes. Le titre de ce documentaire est tout trouvé : avec Moustapha Alassane tout semble possible! Son dernier projet en date est d'ailleurs la création d'un logiciel permettant à des enfants de créer leurs propres films d'animation! Et une fois encore Alassane travaille avec des moyens incroyablement dérisoires, mais à force de travail, de courage et de ténacité il parvient à donner vie à ses projets les plus chers. Quel dommage qu'il ne soit davantage connu, et surtout qu'il peine à trouver des financements pour produire et distribuer ses films! Il faut dire que quand on lui demande s'il y a quelque chose qu'il n'a jamais fait dans le cinéma, il répond tout simplement :  « voler ». Il s'est toujours débrouillé pour obtenir « des recettes honnêtement » comme il le dit si bien, que ce soit à l'aide de son cinéma ambulant ou du plus récent hôtel qu'il a acheté pour subvenir à ses besoins et travailler en toute liberté. Finalement le plus impressionnant est de le voir à l'oeuvre, de l'observer s'affairer lentement mais sûrement, inlassablement depuis des années à ce qui lui tient tellement à coeur : créer.

[1/4]

« Kokoa » de Moustapha Alassane (2001)

    Excellent! « Kokoa » est le récit en direct d'un tournoi de lutte opposant crapauds, caméléons ou vautours, au milieu d'une foule d'amphibiens en délire! S'il s'agit encore une fois d'une oeuvre réservant plusieurs niveaux de lecture on se satisfera grandement du premier : comment ne pas être conquis par les bouilles des grenouilles d'Alassane! Et les commentaires maladroits du speaker sont touchants au possible, sans parler des divers rebondissements que réservent ces terribles combats! Qui sortira vainqueur du crapaud géant, de l'insaisissable caméléon ou encore de la coriace tortue? Le suspense est presque insoutenable! Il y a quelque chose de rassurant quand l'on regarde un tel film : oui il existe encore de vrais artistes, qui sans s'inquiéter de leur renommée, des honneurs ou des critiques prennent un immense plaisir à partager les fruits de leur imagination, de façon totalement désintéressée, avec pour seul souci de nous faire rêver. Oui de tels artistes sont encore de ce monde mais pour combien de temps? Alassane est le premier à être préoccupé par les générations futures et la transmission de sa passion : comment donner l'envie de créer à des enfants qui ne savent même plus ce qu'est une séance de cinéma en salle, qu'elle soit en plein air ou non? D'autant qu'il voit sa propre culture se déliter sous ses yeux, sans organes étatiques réellement capables de conserver et promouvoir l'art nigérien... C'est fort dommage, car les fables de Moustapha Alassane nous manqueront! Resteront ses charmantes petites histoires, telles « Kokoa »... L'art à l'état pur, d'une simplicité désarmante : un véritable régal!

[2/4]

« Samba le Grand » de Moustapha Alassane (1977)

    Encore une petite merveille de poésie! Cette fois-ci nous voilà face à un court métrage d'animation réalisé à l'aide de marionnettes et de toiles peintes, une fois de plus créé de bric et de broc comme Alassane le dit lui-même. La façon dont il déjoue les convenances et les contraintes matérielles est proprement fabuleuse, il lui suffit d'un rien pour donner vie à des personnages légendaires et à des histoires merveilleuses! « Samba le Grand » est le récit des aventures d'un valeureux guerrier qui devra surmonter plusieurs épreuves pour conquérir le coeur d'une belle princesse. Et une fois de plus, sans parler de l'aspect touchant de ces marionnettes et de leurs mouvements gauches, le traitement de l'histoire est tout à fait original et inattendu. L'essence allégorique de ce court métrage est on ne peut plus manifeste, mais le conte de Moustapha Alassane se suffit largement à lui seul! Quel bonheur de se plonger dans cet art ancestral et pourtant d'un intérêt toujours d'actualité... D'autant que la musique qui l'accompagne est magnifique!

[2/4]

« Le Retour d'un Aventurier » de Moustapha Alassane (1967)

    Depuis combien de temps n'avions nous pas assisté à l'expression d'un cinéma aussi libre, aussi vivant, aussi touchant par sa volonté de raconter par tous les moyens possibles une histoire? Peut-être depuis les débuts de Jean Rouch, de la Nouvelle Vague française, ... ou même de Robert Flaherty! Car l'art de Moustapha Alassane étonne par la modestie de son apparence : les « fautes » de raccord sont légions, la post-synchronisation n'a pas grand chose de synchronisé, les acteurs sont quelque peu maladroits... Mais ce ne sont pas à proprement parler des erreurs, puisque pour Moustapha Alassane il n'y a pas de règles de ce genre à respecter, du moins s'il met un point d'honneur à créer des œuvres de qualité ça n'est pas là qu'elle réside. Tout l'intérêt de ses films vient de l'imagination dont ils font preuve, de leur sincérité, de leur simplicité, de leur poésie, de leur richesse insoupçonnée et finalement de leur force intérieure. « Le Retour d'un Aventurier » nous conte le retour d'un africain de métropole, sa valise chargée de panoplies de cow-boys, revolver chargés y compris. Avec ses amis il se déguise donc, mais le jeu tourne rapidement à l'aigre et devient très vite funeste : des clans se forment et l'affrontement sera mortel pour plusieurs des jeunes inconscients. Alassane est friand de ces histoires, de ces paraboles plutôt, en apparence absurdes mais au fond tout sauf innocentes. Comment ne pas y voir la métaphore de l'Afrique revêtant les oripeaux de l'Occident et de la modernité pour son plus grand malheur? Au-delà de sa fraicheur formelle, de sa touchante ingénuité, un film terriblement lucide, parfait exemple du talent de son auteur.

[2/4]

« Bon Voyage, Sim » de Moustapha Alassane (1966)

    Quelle joie de découvrir un artiste tel que Moustapha Alassane! En ces temps de tout numérique, de production cinématographique asservie par la 3D, gavée d'effets spéciaux, il viens nous rappeler que l'art ne se limite pas à la technique, qu'il a pour vocation et impératif de la dépasser! Son talent est protéiforme, s'adapte aux besoins du moment et aux matériaux qu'il a en sa possession : sa seule constante est de proposer des fables terriblement attachantes et épinglant sans en avoir l'air les travers de l'Afrique qui lui est contemporaine. Ainsi en est-il de « Bon Voyage, Sim », court métrage animé réalisé en 1966. C'est l'histoire du président d'une république de crapauds qui après un voyage officiel à l'étranger se voit évincé du pouvoir à son retour. Malheureusement après s'être lui-même censuré, Alassane n'a gardé que la partie « politiquement correcte » de son histoire, ce qui la rend quelque peu bancale et d'un intérêt moindre. Néanmoins l'on se contentera largement du coup de crayon du cinéaste nigérien et de ses amusants personnages!

[2/4]

dimanche 26 décembre 2010

« Culloden » de Peter Watkins (1964)

    L'art de Peter Watkins est décidément étonnant! Sa méthode de reconstitution historique est terriblement efficace tant elle nous replace dans le contexte d'une époque, d'évènements donnés, parmi des hommes qui finalement avaient beaucoup en commun avec ceux d'aujourd'hui : si les acteurs rejouent pour la plupart leur propre histoire, celle de leurs ancêtres, la référence à la guerre du Vietnam est à peine voilée. « Culloden » est comme tout film de Watkins qui se respecte riche en problématiques politiques et sociales encore et toujours d'actualité. L'orientation du récit ne laisse pas vraiment de place au doute : une fois de plus Watkins se place du côté des masses populaires meurtries par la guerre et les exactions qui s'en suivent. Mais si l'on revient au but premier, ou pour le moins apparent de « Culloden », à savoir le récit de la bataille éponyme et de l'affrontement entre les forces anglaises et écossaises l'on ne peut qu'être admiratif du travail fourni et du rendu plus que réaliste : un réalisme à la fois visuel et sociologique donc. On s'amusera par ailleurs des commentaires épinglant l'inaptitude des troupes menées par un prince Charles Edouard Stuart ridicule de fatuité et ses lieutenants pour la plupart à la limite de l'incompétence, et surtout de la bêtise pure. On s'indignera de la cruauté des soldats du duc de Cumberland ou encore de l'indigence dans laquelle vivaient les peuplades des Highlands... Les vertus de ce long métrage sont donc manifestes, mais s'éloignent quelque peu de l'essence artistique, c'est là le principal reproche que je ferais à « Culloden », tout comme à « La Bombe » d'ailleurs. A voir tout de même!

[1/4]

« La Bombe » (The War Game) de Peter Watkins (1965)

    Il est frappant de constater combien les préoccupations de Peter Watkins quant à l'antagonisme réalité/fiction étaient déjà manifestes bien avant la réalisation de son « Edvard Munch »! Dans « La Bombe » il use de procédés similaires pour nous plonger dans la tourmente d'un état frappé par une attaque thermonucléaire : interviews, images prises sur le vif, « caméra sur l'épaule » avec zooms maladroits,... impossible de savoir si ce qui se trame est vrai, s'il s'est déjà réalisé ou est voué à l'être... Nous sommes au coeur des évènements, alors qu'une voix-off lénifiante nous abreuve de chiffres tous plus alarmants les uns que les autres sur les conséquences d'un conflit nucléaire. L'une des réussites majeures de « La Bombe » est son ultra-réalisme : imaginez l'Angleterre en flammes, des hordes de citoyens ravagés par les flammes et les radiations radioactives d'une guerre atomique ayant embrasé l'occident! Et l'on se croirait face à un véritable documentaire constitué d'images réellement issues du drame supposé se produire : Watkins détourne avec brio les codes du genre et une fois de plus surprend par sa maîtrise du média cinématographique et de son impact sur le spectateur. L'efficacité d'un tel long métrage est donc difficilement contestable, existe-t-il moyen plus persuasif de l'horreur de la course à l'armement que d'en montrer les conséquences purement et simplement? Ainsi « La Bombe » est un film ouvertement politique (ce qui lui vaudra d'être censuré par la BBC) : il prend clairement position, dévoile les opinions édifiantes d'autorités aussi bien ecclésiales qu'étatiques ou militaires, n'hésite pas à souligner son propos par des images et un discours percutants... Si la nature politique de « La Bombe » réduit d'autant sa portée, il n'empêche que sa qualité et sa puissance méritent le coup d'oeil! Toutefois l'on pourra regretter l'orientation certaine de l'oeuvre présente : malgré un point de vue éclaté en apparence, car la parole est donnée aux protagonistes les plus divers qui soient, au final c'est surtout le propos, l'opinion de Watkins qui ressort en filigrane. Un ouvrage brillant donc, mais paradoxalement (car c'est ce qu'il dénonce en partie) pas si loin de la manipulation.

[1/4]

samedi 18 décembre 2010

« Les Herbes Folles » d'Alain Resnais (2009)

    Resnais brasse beaucoup d'air pour un résultat décevant. Il fut un temps un « grand » du septième art : en visionnant « Les Herbes Folles » il n'est pas permis d'en douter. Mais tant de talent employé à une tâche aussi... futile (le mot est lâché), c'est bien regrettable. Non pas que ce film soit mauvais, ou tout du moins complètement raté : il est suffisamment étrange et singulier pour mériter le coup d'oeil, sa forme est suffisamment virtuose (ces jeux de couleurs, ce montage aérien, ces rebondissements incessants, cet art de l'ellipse,...) pour mériter quelque applaudissement! Il réserve souvent des respirations fort appréciables, et atteint même à certains moments un lyrisme cinématographique assez grisant. Oui mais tout cela reste d'une lourdeur! On frise l'indigestion tant ça clignote de partout, tant le long métrage est boursoufflé d'humour facile, de personnages caricaturaux, de bons sentiments passéistes, de photographie baveuse, de mouvements d'appareil à n'en plus finir... L'esthétique forcenée des « Herbes Folles » est parfois étonnamment bien maîtrisée, mais de temps à autre elle ploie sous son poids excessif : la mécanique est certes (trop?) bien huilée, Sabine Azéma est décidément attachante (Resnais en est complètement amoureux, c'est aussi frappant que lorsque Godard filmait Anna Karina), la fantaisie du cinéaste est touchante... Mais qu'est-ce qu'on manque d'air! Heureusement donc qu'Alain Resnais relâche régulièrement la pression grâce à ses diverses digressions. Par ailleurs les clins d'oeil sont légions, Resnais revisite le septième art et sa filmographie par la même occasion, mais ce serpent qui se mort la queue possède ce je ne sais quoi d'agaçant, peut-être l'« indécence » d'une autosatisfaction ostensiblement affichée en dépit d'attentes pas vraiment comblées, du moins en ce qui me concerne. D'autant que les vertus réellement poétiques du film le disputent trop souvent à une certaine « poésie du pauvre », qui n'a malheureusement de poésie que le nom. A ce titre les liens qui rapprochent Resnais de Desplechin ne sont peut-être pas anodins : ils partagent ce même goût pour la citation, pour un certain marivaudage, pour un formalisme au mieux mallarméen au pire digne de Jeunet... Un film qui en somme ravira sans aucun doute certains cinéphiles (les adeptes d'Hitchcock, ou encore ceux qui raffolent des jeux de comparaison), mais qui en laissera d'autres sur leur faim. Je finis juste sur une note négative puis une autre plus positive : la musique de Marc Snow est insipide et grossière au possible, l'affiche de Blutch est jolie et vraiment réussie! Et dernière question, enfin, pour répondre à une préoccupation essentielle et de taille débutant le long métrage : Resnais aurait-il perdu tout bon goût?

[1/4]

mercredi 15 décembre 2010

« Un Homme Qui Dort » de Georges Perec et Bernard Queysanne (1974)

    Un beau film, terrible car bien trop vrai, sur la détresse physique et morale de l'homme moderne, sur son extrême solitude, et plus précisément celle de l'homme moderne des 40 ou 50 dernières années. Je n'ai pas lu le roman de Georges Perec, que je suppose remarquable, mais je ne crois pas que son adaptation cinématographique soit dénuée de sens ou d'intérêt. Il est vrai que le film mis en scène par Bernard Queysanne est grandement tributaire du texte du célèbre écrivain, mais il n'y occupe pas la même place. Dans le livre, du moins d'après ce que je pourrais en suggérer sans l'avoir lu (c'est-à-dire bien peu de choses…), il semblerait que le texte soit le reflet, soit l'exacte transcription des pensées du jeune héros. On est donc, si j'ose dire, dans la tête du protagoniste, on adopte totalement son point de vue, un point de vue psychologique et mental totalement subjectif. Ce qu'« Un Homme Qui Dort » version cinéma apporte, c'est la vue, c'est l'ouïe : aux pensées du jeune homme s'ajoutent ses sens! Nous sommes donc dans la tête et dans le corps à présent du jeune homme, et le texte n'est donc plus l'essentiel de l'oeuvre, l'unique moyen qui nous rattache à l'intériorité du héros, mais une partie de l'oeuvre, l'un des chemins qui nous mènent au plus profond de l'être de cet individu esseulé. Le texte garde toujours son importance donc, car impossible de faire taire ces pensées douloureuses et confuses, mais il n'est plus la seule condition d'existence de ce qui se trame, de ce qui nous est montré. De plus, on alterne entre les séquences purement subjectives et celles « objectives », extérieures à l'individu et qui nous le montrent dans son environnement, dans le monde. L'orientation du récit – un récit tout sauf linéaire, d'autant qu'il se retourne sur lui-même, dans un cercle infernal, se heurtant aux murs cruels et indépassables de la modernité – est donc sensiblement différente, même si elle sert un propos similaire. Il y a tant d'autres choses à dire sur ce film, peut-être pas parfait dans l'absolu (et encore!), mais d'une cohérence admirable, d'un aspect aussi monotone et uniforme que ce qu'il nous dit, tout étant profondément déchiré en son for intérieur. Sa poésie, par exemple, est un modèle d'économie de moyens, la photographie est très belle, la musique tout à fait à propos… Je vous laisse donc en compagnie d'une sincère invitation à découvrir ce film!

[3/4]

samedi 11 décembre 2010

« Le Choeur » (Hamsarayān) d'Abbas Kiarostami (1982)

    Dire qu'il fut un temps (pas si éloigné que cela!) où je doutais du talent d'Abbas Kiarostami... Quelle erreur! D'autant que Kiarostami nous propose à chaque fois des films d'une simplicité et d'une subtilité rares : il suffit juste de se laisser porter par la jolie photographie en couleurs, par les prises de vues inspirées malgré leur dénuement total, par les interprètes tous plus attachants les uns que les autres, par le charme des fables que l'auteur iranien sait si bien nous conter... Avec « Le Choeur », Kiarostami part comme à son habitude d'une idée que l'on pourrait qualifier de toute bête : la traduction cinématographique de l'isolement d'un vieillard sourd au monde qui l'entoure. En un sens, le seul lien qui lui permet de se rattacher à la vie quotidienne est son appareil auditif, qu'il peut fort heureusement enlever à sa guise lorsque les bavards intempestifs ou les marteaux-piqueurs se font trop insistants. Seulement voilà, à trop se couper des désagréments de la vie il en va jusqu'à oublier les siens! A ce titre « Le Choeur » peut très bien faire office de métaphore quant aux affres de l'âge ou au fossé qui sépare toujours les générations, ou encore quant aux revers inévitables du confort, mais il est tout autant à prendre (et apprécier) au premier degré : l'histoire amusante et touchante d'un grand père et de sa petite fille séparés par le son et l'espace. Une admirable petite merveille, d'une délicate et belle harmonie!

[3/4]

« Window Water Baby Moving » de Stan Brakhage (1959)

    Paradoxalement, dans sa quête de pureté artistique absolue l'avant-garde moderniste n'a fait que réduire davantage l'investissement de l'artiste, la part de l'homme dans l'oeuvre produite, si bien que cette dernière n'a plus grand chose à voir avec l'art, du moins avec l'art en tant que création. Il serait bien sûr faux d'affirmer que Brakhage ne crée rien avec son célèbre « Window Water Baby Moving », ne serait-ce que par l'idée de maternité (et en filigrane de paternité) qu'il matérialise par l'entremise du montage, du cadrage, bref de la réalisation de son film. Mais son court métrage tiens plus du documentaire clinique que d'autre chose : la part de l'enregistrement « objectif » des faits par la caméra est ô combien prépondérante sur la construction élément par élément de l'oeuvre par l'artiste. Brakhage se joue certes de la matière, contemple son épouse, assiste à son accouchement, partage son appréhension, sa joie ou sa douleur, mais il nous offre là davantage un « film de famille », un souvenir filmé, qu'un chef-d'oeuvre du 7e art, du moins à mon sens. Car finalement qu'a-t-il à nous dire avec « Window Water Baby Moving »? Que la maternité c'est beau, que c'est magnifique, malgré la douleur et les moments d'inquiétude extrême par lesquels on doit inévitablement passer? Je ne lui donnerai certainement pas tort, mais pour autant a-t-on réellement besoin de ce court métrage pour s'en rendre compte? J'utilisais d'ailleurs le mot « jeu » pour évoquer la façon de faire de Brakhage : on a l'impression qu'il s'amuse avec sa caméra, qu'il « joue » véritablement avec, qu'il essaie de se surprendre par ce qu'il filme... C'est certainement ce que tous les cinéastes font en un sens, mais pas dans cette proportion il me semble. Car ici tout repose sur l'enregistrement d'un fait par la machine, puis après par la réorganisation des images enregistrées par Brakhage lui-même. Par la sélection qu'il opère, par les choix qu'il fait, je l'ai déjà dit il crée donc quelque chose d'une certaine manière, mais ce « quelque chose » reste d'une envergure réduite, relative. Il ne reste quasiment qu'à la surface de ce qu'il filme, il reste dans le particulier et n'atteint pas le stade universel que touche tout grand artiste digne de ce nom, ou s'il l'atteint, cela reste de l'ordre du truisme... Car créer de l'art ce n'est pas reproduire une « réalité » visible, objective, c'est aller au-delà, et c'est ce qui fait la beauté même du cinéma! A part un sentiment mitigé de voyeurisme et de « suspense », et bien sûr le caractère émouvant que présente tout accouchement, « Window Water Baby Moving » n'a malheureusement pas grand chose à partager...

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«Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain» de Jean-Pierre Jeunet (2001)

    L'art comme mensonge, ou plutôt comme illusion permettant de maquiller le réel (et les-petits-tracas-du-quotidien), voilà peu ou prou la conception de Jean Pierre Jeunet semble-t-il en la matière. Mais est-ce vraiment de l'art qu'il nous offre avec son « Amélie Poulain »? La question se pose tant l'on frise la surenchère d'effets visuels et numériques des plus vilains, d'humour gras et facile, de péripéties larmoyantes et autres moyens au ras des pâquerettes destinés à faire décoller une histoire qui n'a pas grand chose pour elle... « Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain » c'est un peu comme un hamburger indigeste à qui l'on aurait injecté une substance anti-vomitive, en l'occurrence la musique de Yann Tiersen. Oh certes ça n'est pas de la grande musique, mais elle est simple et jolie, et les seuls moments où l'on se sent un chouilla touché par le film c'est en présence des mélodies du breton. Pour le reste, je dois dire que je suis consterné. Tant de bêtise, tant de vulgarité... C'en est à pleurer! Dire que des jeunes (et des moins jeunes) un peu partout dans le monde fantasmeront sur une telle idée de la France et de son cinéma... Il n'y aurait pas de quoi crier au loup si l'on se souvenait encore aujourd'hui de ce qu'étaient le Réalisme poétique ou la Nouvelle Vague (pour comparer ce qui est comparable – et encore!)... Non décidément, une telle niaiserie qui s'affiche sans rougir, une telle autosatisfaction, une telle complaisance de la part de Jeunet, envers ses personnages régressifs et sa vision rétrograde du monde ou de l'art, c'en est trop pour moi. Juste une dernière remarque sur les similitudes que partage ce long métrage avec le « Good Bye, Lenin! » de Wolfgang Becker : même compositeur, même nostalgie passéiste, même recherche surfaite de spontanéité (ambition vaine et à la mode, tout autant dans les clips musicaux d'ailleurs – et « Amélie Poulain » tient certainement plus du clip que du cinéma)... Mais le film du réalisateur allemand avait ce je ne sais quoi en plus... Peut-être est-ce sa façon amusante de détourner les signes du communisme qui faisait mouche... Ou peut-être est-ce tout simplement l'« exotisme » est-allemand, auquel cas j'en viens à me demander si nos amis germaniques ne ressentent pas la même exaspération envers ce long métrage que moi-même envers « Amélie Poulain » et l'énormissime cliché qu'il représente... Je croyais que Luc Besson était le seul cinéaste français à avoir fait de l'infantilisme son fonds de commerce, je concède m'être lourdement trompé.

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samedi 4 décembre 2010

« Les Salauds Dorment en Paix » (Warui yatsu hodo yoku nemuru) d'Akira Kurosawa (1960)

    Il y a quelque chose d'Hamlet dans « Les Salauds Dorment en Paix », indéniablement. C'est une oeuvre intense, fiévreuse, asphyxiante, douloureuse malgré sa forme sobre et lente, à l'instar du personnage incarné par Toshiro Mifune, remarquable d'intériorité bouillonnante et tourmentée ne laissant rien (ou presque) transparaître! Akira Kurosawa signe là l'un de ses films les plus noirs, les plus amers : une tragédie shakespearienne parcourue d'instants de tension extrême, d'ardente frénésie. Les spectres réclament leur dû, la mort hante des ruelles d'une noirceur que transpercent quelques rares faisceaux de lumière, à l'image d'un monde corrompu et pourri étouffant toute lueur d'espoir. Ce monde-là c'est celui « des affaires », c'est devenu notre monde, et c'est la scène où éclatent les diverses intrigues qui parcourent cet imposant long métrage. « Les Salauds Dorment en Paix » compte parmi les « films noirs » de Kurosawa, ces longs métrages d'inspiration contemporaine, sombres instantanés d'un pays au sortir de la guerre pour ce qui était de ses premiers essais (« L'Ange Ivre », « Chien Enragé ») ou en plein développement économique pour ceux qui suivirent (le présente long métrage donc, et « Entre le Ciel et l'Enfer »). Il est clair que l'on ne peut pas les circonscrire au seul genre « policier » : il s'agit de véritables drames modernes d'une actualité brûlante et à l'envergure conséquente, touchant de nombreuses problématiques politiques et sociales. Mais ces enjeux pour le moins sensibles et complexes ne prennent guère pour autant le pas sur l'essence cinématographique du long métrage, la mise en scène de Kurosawa est une fois de plus prodigieuse ! La séquence du banquet au tout début est à ce titre le parfait exemple de la maîtrise cinématographique du Sensei... Tout est dit en quelques minutes, tout est dit sur les personnages, leurs caractères, les rapports conflictuels qui les lient, l'horreur de leur situation,... Une esthétique qui reflète merveilleusement bien par ailleurs le ton profondément pessimiste du film, probablement l'un des plus sarcastiques du grand cinéaste nippon! Impressionnant!

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« Et la Vie Continue » (Zendegi digar hich) d'Abbas Kiarostami (1992)

    Un beau film, tout ce qu'il y a de plus simple et pourtant d'une profondeur qui force l'admiration! Une fois de plus Abbas Kiarostami explore l'étroite frontière qui sépare la réalité de la fiction (existe-t-elle d'ailleurs?) tout en parcourant l'Iran d'un regard curieux, avide d'espoir, cherchant inlassablement comment l'homme peut se relever des instants les plus terribles de son existence, où parvient-il à trouver des forces pour dépasser l'horreur et continuer à vivre dans tous les sens du terme. Il revient en effet après le séisme de 1990 sur les lieux du tournage de son long métrage « Où est la Maison de mon Ami? » à la recherche de ses jeunes acteurs, mais aussi des rescapés du tremblement de terre qui a dévasté la région. La façon dont il se met en scène par l'intermédiaire d'un double fictionnel (l'acteur principal joue le rôle d'un cinéaste venu retrouver la trace des acteurs du film précédemment cité... tiens tiens!) est d'ailleurs amusante, mais surtout fort intéressante! Car il crée un effet de distanciation inattendu : à un certain moment il déjoue ostensiblement le dispositif fictionnel lorsqu'un protagoniste semble apostropher directement le « vrai » réalisateur en personne, soit Kiarostami, alors que le « faux » se trouve hors-champ. Ce personnage nous explique d'ailleurs que la maison qu'il occupe n'est pas la sienne mais qu'elle lui a été attribuée pour les besoins du film... « Et la Vie Continue » serait alors un documentaire? Ou n'est-ce pas plutôt un documentaire factice, une fiction? Est-ce un mensonge? L'opposition vrai/faux vole en éclat, ou plutôt s'opacifie : à nous de réfléchir sur la question, qu'est-ce que le vrai? Qu'est-ce que le faux? Le faux est-il bon ou mauvais? Est-il pertinent de présenter les choses de la sorte? Kiarostami, comme à son habitude, sollicite l'intellect avec une évidence et une aisance désarmantes! Et il ne s'arrête pas là, il propose par la même occasion un touchant portrait de rapport filial et paternel, tout en rendant hommage aux victimes du séisme mortel! Un superbe essai cinématographique de plus à mettre au crédit du talentueux cinéaste iranien!

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