vendredi 29 novembre 2013

« Macbeth » de William Shakespeare (1623)

    « Macbeth » est, de fait, l'une des plus grandes pièces de théâtre jamais écrites. Tout concourt à en faire une œuvre de premier plan : la profondeur psychologique des personnages, la complexité de l'intrigue, des ressorts scénaristiques fantastiques (spectres, sorcières, prophéties,...) qui s'intègrent parfaitement bien au récit,... et surtout une qualité d'écriture sans pareille. La plume acérée de Shakespeare est fleurie à souhaits : très imagée, elle abonde en métaphores et autres figures de style toutes mieux trouvées les unes que les autres, d'une beauté aussi réjouissante que la tonalité de la pièce est sombre. Et puis quelle histoire, tout de même! La tension entre Macbeth et la prophétie auto-réalisatrice est prodigieuse. Et à ce titre, elle trouve sans doute sa meilleure expression dans le fameux film d'Akira Kurosawa, « Le Château de l'Araignée », dominé par un Toshiro Mifune fiévreux, violemment torturé par les révélations sur son avenir exceptionnel. L'imagerie de Kurosawa sied à merveille à l'esprit de la pièce du dramaturge anglais, transposition géniale dans un Japon médiéval d'un terrible conflit moral et humain. Mais il faut dire que même à la simple lecture, « Macbeth » estomaque par la puissance des idées et des évènements qui sont convoqués. Impossible d'oublier le délire public de Macbeth, l'horreur des sorcières ou la folie de Lady Macbeth. Ce sont bien des images littéraires et théâtrales qui font la grandeur de cette pièce. Après avoir évoqué l'adaptation cinématographique de « Macbeth », venons-en brièvement à la traduction. Je dois dire que j'ai eu de la chance de lire la version de François-Victor Hugo (dans la compilation de pièces éditées par GF - Flammarion), certes non versifiée (encore que certaines phrases se fassent écho par de discrètes rimes), mais d'une précision et d'une élégance qui rend hommage au style de Shakespeare. Peut-être existe-il meilleure traduction (par essence imparfaite). Mais pour ma part, je m'estime fort satisfait. En conclusion, pour revenir à « Macbeth », il s'agit là, sans hésitation, d'une œuvre incontournable.

[4/4]

samedi 23 novembre 2013

« Messe de Requiem » de Gabriel Fauré (1888)

    Le « Requiem » de Fauré compte parmi les plus belles messes des morts jamais écrites. La vision de la mort chez Fauré est très apaisée, très douce. Pour lui, il s'agissait plus d'une transition heureuse vers un au-delà (bien qu'il n'était pas croyant) qu'un passage douloureux, dont on pouvait craindre le surgissement. Son « Requiem » est donc radicalement opposé à celui d'un Verdi. Alors que l'Italien offre une vision grandiloquente et théâtrale de la mort, le Français propose une partition toute en sérénité et délicatesse, personnelle, profondément intimiste, comme nombre d’œuvres françaises de l'époque. Les mélodies de Fauré, celles du « Requiem » j'entends, sont très finement sculptées dans le matériau sonore, et proprement inoubliables. L'Introït, et surtout le Kyrie est extraordinairement beau. Profondément original, il inaugure le parti pris musical de ce requiem. Le Sanctus prolonge l'impression de douceur sans pareille qui émane de la musique de Fauré : il est magnifique. Mais le sommet absolu de cet opus est le fameux Pie Jesu, qu'un garçon ou une femme peuvent chanter. Saint-Saëns ne s'y trompait pas : la postérité retiendra cet air, et en fera peut-être bien LE seul Pie Jesu. Le reste de l’œuvre conserve la même qualité d'écriture. L'Agnus Dei, le Lux Aeterna, le Libera Me sont de bien belle facture. Et la messe s'achève sur un In Paradisum angélique. Après l'indétrônable « Requiem » de Mozart, celui de Fauré figure en très bonne position parmi les réussites magistrales du genre, non loin de celui tellement différent de Verdi. Je vous conseille d'écouter le « Requiem » de Fauré dans sa version enregistrée par Philippe Herreweghe et La Chapelle Royale en 1988... car le Pie Jesu chanté par la soprano Agnès Mellon est d'une rare beauté. Sa voix très claire et très pure sied à merveille à ce chef-d’œuvre de sensibilité. Ceci dit, le reste de l'interprétation, instrumentale comme vocale, est d'un niveau comparable. C'est-à-dire excellent.

[4/4]

mardi 19 novembre 2013

« Barabbas » (Barabba) de Richard Fleischer (1961)

    « Barabbas » s'inscrit dans la grande lignée des péplums italo-américains, tels « Ben-Hur » et autres « Dix Commandements ». Et justement, ce film partage avec les longs métrages précédemment cités un thème christique : « Barabbas » n'est pas tant la vie du brigand libéré à la place de Jésus de Nazareth, que le destin extraordinaire de ce dernier et de ses disciples. Pour autant, il est bel et bien question ici de l'existence tourmentée (et romancée) d'un des plus célèbres malfaiteurs de la Bible et des Evangiles, d'après le roman de Pär Lagerkvist. Il était en effet tradition dans la religion juive de libérer un prisonnier pendant la fête de la Pâque. Ponce Pilate, procurateur romain, demande donc à la foule de choisir entre Jésus Barabbas et Jésus de Nazareth. Vous connaissez la suite, Jésus de Nazareth sera condamné tandis que Barabbas sera remis en liberté, après avoir été acclamé par la foule. Ce qui est original dans cette fiction adaptée au cinéma, est que l'on suit de près Barabbas, sa vie, ses choix... et ses malheurs. Car, étonnamment, dès lors qu'il est gracié, Barabbas échappe à des évènements tous plus tragiques et funestes les uns que les autres. Mais loin de changer d'attitude, il continue à se comporter comme un homme brutal et égoïste... quoique de plus en plus troublé par ce qu'il est advenu de son ex-compagnon d'infortune, que l'on dit ressuscité. Je ne vous en dirai pas plus sur la trame du long métrage, qui regorge de rebondissements tous plus incroyables et inattendus les uns que les autres. Pour dessiner finalement une quête existentielle très touchante. Un film de facture classique, mais savamment mis en scène, brillamment interprété par Anthony Quinn, et joliment mis en musique par Mario Nascimbene, avec un thème inoubliable.

[3/4]

mardi 5 novembre 2013

Citation du mardi 5 novembre 2013

« La peinture est chose silencieuse mais elle est, par excellence, un lieu de liberté ; on peut la juger, ou simplement l'ignorer. Si vous m'autorisez une métaphore, je dirais : « la peinture est comme le papillon qui sillonne l'espace en volutes incertaines et capricieuses, mais elle se laisse capturer par qui se donne un peu de mal ».

Arcabas
(Discours d'inauguration de l'exposition Les Noëlies, Strasbourg, 2009)
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