dimanche 27 septembre 2015

« Miss Hokusai » (Sarusuberi Miss Hokusai) de Keiichi Hara (2015)

    Quand on regarde un dessin animé japonais, on est tout de suite tenté de le comparer à l’œuvre d'Hayao Miyazaki… Le problème est qu'à mon sens, seul Isao Takahata arrive à faire aussi bien. « Miss Hokusai » ne peut donc que pâtir de la comparaison. Pourtant c'est un long métrage honorable : relativement bien dessiné, soigneux, parfois même émouvant, il remplit son cahier des charges, à savoir rendre compte de la vie du grand peintre japonais Hokusai par l'intermédiaire de sa fille, O-Ei. L'héroïne est même dotée d'un caractère propre, et a sa propre vision des choses : elle se révèle bien plus courageuse que son père, obsédé par la peinture au point d'oublier son devoir paternel, notamment en refusant d'aller visiter son autre fille, aveugle de naissance, jeune et fragile. Malgré tout, Hokusai paraît humain, car plein de défauts. Humain car lâche, égoïste, vaniteux… Le réalisateur évite donc le film hagiographique lisse et plat. Quant à O-Ei, personnage central du long métrage, elle parvient à peindre parfois mieux que son père, et à rester généreuse en même temps, humaine car vertueuse, et non pas faible (en un sens) comme peut l'être son père. Les personnages sont donc plutôt finement brossés. Pourtant, il manque un supplément d'âme à ce film pour convaincre complètement. En dehors des trois personnages principaux, le monde ne semble pas exister, il n'y a pas cette poésie du quotidien et de l'indicible que l'on retrouve chez les plus grands. Les décors… restent des décors. Et les personnages secondaires sont désespérément plats. Sans compter cette faute de goût révélatrice de la qualité relative de « Miss Hokusai » : quand une guitare électrique à la AC/DC commence à se faire entendre, doublée d'une batterie tout aussi anachronique, on ne peut qu'être étonné par ce choix pour le moins disgracieux. Quelques dialogues tout aussi ratés complètent le sentiment de déception que l'on peut ressentir à la fin du long métrage, dont le scénario (l'enchaînement des séquences) est maladroitement construit. « Miss Hokusai » est donc un film moyen : fort de certaines qualités, mais limité par ses défauts et ce manque d'âme qui limitent sa portée artistique. Un long métrage à réserver aux fans d'Hokusai, car il décevra les admirateurs du Studio Ghibli.

[2/4]

« Love Is All You Need » (Den skaldede frisør) de Susanne Bier (2012)

    « Love Is All You Need » est un long métrage simple et beau, modeste et touchant. Vu par hasard, je n'y aurais certainement pas prêté attention autrement. Fort d'excellents comédiens (Trine Dyrholm en tête, mais Pierce Brosnan n'est pas en reste), il raconte le combat d'une femme, Ida, contre le cancer, et qui, sur le chemin de la guérison, se fait tromper par son rustre de mari, et devant ses yeux ! Le mariage de sa fille en Italie est le prétexte à une rencontre avec Philip, un riche chef d'entreprise, veuf, qui noie son chagrin en se surinvestissant dans son travail. Or il se trouve que c'est le fils de Philip qui se marie avec la fille d'Ida, ce qui va rapprocher leurs parents respectifs. Le mariage sert donc de cadre à cette histoire plus riche qu'il n'y paraît. D'une part car les personnages sont très fouillés, avec chacun leur combat à mener. D'autre part car les thématiques abordées, notamment la maladie, le courage, l'amour, l'engagement, sont brillamment incarnées par les personnages et leurs choix. Susanne Bier parvient à parler de beaucoup de choses, et surtout des choses les plus importantes de la vie d'un homme ou d'une femme, le tout avec beaucoup d'humour et de finesse. Vraiment, ce film m'a impressionné par son humanité et sa force, malgré une grande simplicité formelle et une grande sobriété du jeu des acteurs. Comédie romantique d'une grande profondeur, « Love Is All You Need » mérite assurément le coup d’œil, divertissant et émouvant à la fois. Je recommande vivement !

[3/4]
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