Affichage des articles dont le libellé est Enyedi Ildikó. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Enyedi Ildikó. Afficher tous les articles

samedi 4 avril 2026

« Silent Friend » (Stille Freundin) d’Ildikó Enyedi (2026)


Avec « Silent Friend », Ildikó Enyedi démontre une nouvelle fois qu'elle est l'une des plus grandes cinéastes de notre époque. Son dernier film est une œuvre ample, ambitieuse et généreuse, particulièrement attachante.

Ce long métrage se déploie sur trois époques, avec trois esthétiques bien distinctes, nullement gratuites, épousant parfaitement le propos : le 35 mm en noir et blanc pour l'époque de Grete (Luna Wedler), en 1908, jeune femme aspirante scientifique, qui doit lutter pour faire sa place dans un monde d'hommes ; le 16 mm couleur pour les années 1970, où l'on suit Hannes, jeune étudiant en littérature amoureux d'une autre étudiante, Gundula, qui mène des expériences sur les plantes ; et le numérique pour dépeindre notre monde contemporain post-Covid, avec Tony (Tony Leung Chiu-wai), grand neuroscientifique qui tente de percer les mystères du cerveau humain.

« Silent Friend » a beau durer 2h30, on ne voit pas le temps passer, tant chaque minute qui s’écoule est d’une grande beauté et d’une grande harmonie, et procure un immense plaisir cinématographique. Ildikó Enyedi alterne entre les époques et les esthétiques avec un grand naturel, grâce à un montage organique d'une qualité exceptionnelle. Tout se fait en douceur, et les différentes époques se répondent par des échos visuels et auditifs, montrant qu'il existe une continuité entre ces personnages et ces moments éloignés dans le temps.

Pour ce qui est des images, chaque plan est minutieusement travaillé, réservant beaucoup de magnifiques séquences, notamment celles – étonnantes – où des ordinateurs matérialisent de façon visuelle les signaux électriques émis par les humains et les plantes. Mais au-delà de l'esthétique magnifique (ce travail sur la lumière et les couleurs !), c'est le propos qui impressionne et qui fascine.

Passionnée par les sciences depuis sa jeunesse, Ildikó Enyedi, comme dans son premier long métrage « Mon XXe siècle », établit des rapports et des connexions entre tous les êtres vivants et les différentes époques de l'histoire de l'humanité. Tout est lié, et nous sommes toutes et tous liés, semble dire la cinéaste hongroise. C'est valable aussi bien pour la nature que pour la culture : différentes nationalités et différentes langues coexistent dans ce film (comme dans la vraie vie), mais au-delà des différences, c'est bien une même humanité qui nous rassemble.

Toutefois, nous ne sommes pas les seuls à ressentir et à communiquer. Les plantes et les arbres le font aussi (vous ne verrez plus un géranium de la même façon :-)), ce qui montre la grande complexité, la grande richesse et la grande beauté du monde vivant.

Par-delà l'art, l'histoire et la science, Ildikó Enyedi nous offre une œuvre magnifique, pleine d'humanité et d'espoir, qui nous pousse à ouvrir les yeux face aux merveilles de notre monde, que l'on doit chérir et protéger. « Silent Friend » est une grande réussite, un film stimulant et inspirant, ressourçant même, qui nous aide à mieux comprendre et à mieux habiter notre monde. Autant dire que « Silent Friend » est un grand grand film, qu'on n'oubliera pas de sitôt. Merci Ildikó !

[4/4]