Ça y est, c’est le retour d’Alejandro
González Iñárritu et de son cinéma pachydermique. Cette fois il s’attaque à une
satire anti Trump. Pourquoi pas, ça ne mange pas de pain. On ne dira jamais
assez combien Donald Trump est un abruti dégénéré et complètement fou, qui fait
tant de mal à notre monde et aux êtres humains qui l’habitent… Le truc, c’est
qu’avant lui ont officié des cinéastes talentueux, qui ont réalisé de grands
ou de bons films sur ce sujet. En vrac, bien sûr « Une bataille après l’autre »
de Paul Thomas Anderson (2025), à mon sens de loin le meilleur de tous, et
accessoirement l’un des plus grands films de ces 15 dernières années. Mais
aussi « Don’t Look Up » d’Adam McKay (2021), « Mickey 17 »
de Bong Joon-ho (2025), deux excellents longs métrages je trouve, et même « Eddington »
d’Ari Aster (2025), moins bon mais néanmoins intéressant, a minima avec un humour beaucoup plus cruel que chez Iñárritu.
Or comme à son habitude, en perfide
gentil tâcheron, pour son « Digger » Iñárritu pompe un peu de chacun
de ces films : l’histrion trumpiste de « Mickey 17 », l’humour
cringe d’« Eddington », le goût pour les grandes verrières et les
animaux empaillés des suprémacistes blancs d’« Une bataille après l’autre »,
le péril climatique et les scientifiques non écoutés de « Don’t look up »…
Mais malheureusement, avec son talent limité, de tout cela Iñárritu nous concocte
une bouillie peu inspirée et peu ragoûtante…
Il faut dire qu’ils ont été 5 à
plancher sur l’histoire de base puis sur le scénario, rien que ça… En résulte
un script façon Frankenstein, avec des scènes qui s’enchaînent de façon
décousue, des dialogues et des gags à rallonge qui se veulent drôles et corrosifs,
mais qui sont le plus souvent d’une lourdeur et d’un convenu désolant… « Digger »
est un peu comme un poulet sans tête, qui avance de façon erratique sans savoir
où il va.
Je dois dire que malgré tout, un
certain nombre de moments m’ont fait rire. Mais bien peu par rapport au total
de tous les essais assez vains de nous amuser avec un humour vraiment
lourdingue, et déjà vu en mieux ailleurs. A cela s’ajoute le besoin d’Iñárritu
de tout expliquer et de tout surligner, au cas où les spectateurs ne seraient
pas assez intelligents pour comprendre le propos de ce film simpliste et grotesque…
Pour moi, le cinéaste enfonce même un certain nombre de portes ouvertes, tel
Kubrick en son temps avec « Docteur Folamour », un film que je n’ai
pas revu depuis une éternité, mais qui ne m’avait pas beaucoup plu en raison de
son humour lui aussi très peu subtil.
Maintenant a-t-on de quoi se
consoler avec le casting, et notamment notre cher Tom Cruise, dont la performance
soi-disant « extraordinaire » a été annoncée à grands renforts de
marketing et de publicité ? Disons qu’il fait le job, comme il l’avait
fait dans « Magnolia » ou « Tonnerre sous les Tropiques »,
quand il jouait là aussi des personnages complètement tarés. C’est devenu
routinier maintenant, tous les 10-20 ans, entre une flopée de rôles de
sauveurs du monde complètement lisses et monolithiques, il se paie le luxe de
jouer un anti-héros en déployant toute une communication pour louer son côté
(pseudo)subversif, comme s’il devenait soudain un immense acteur. Désolé, dans « Digger »
il est correct, mais loin d’être renversant.
Que dire aussi de Sandra Hüller, qui
cachetonne une fois de plus dans un blockbuster semi médiocre américain (après
par exemple l’immonde « Projet Dernière Chance »), pour jouer trois
lignes de dialogues de façon assez caricaturale, alors que c’est une immense
actrice qui mérite tellement mieux… Riz Ahmed et John Goodman sont sympathiques,
mais ils en font tellement des caisses qu’ils finissent par lasser. Finalement,
le seul qui tire son épingle du jeu malgré une poignée de courtes scènes, c’est
Jesse Plemons, qui crève l’écran à chacune de ses apparitions, par le naturel
et la subtilité de son jeu, et la force et l’ambiguïté de sa présence scénique.
En somme, « Digger »
est un film qui ronronne en toussant (à la manière de ce chat rigolo), et même qui
rame singulièrement, grevé par son écriture à la truelle et une direction d’acteurs
en roue libre. L’aspect visuel n’est guère mieux, la photographie terne, virant
sur le blanc et ultra artificielle d’Emmanuel Lubezki empêchant toute réelle
immersion dans le long métrage. Les quelques éléments visuels réussis sont ceux
liés à la mise en abîme, avec des effets spéciaux artisanaux et bricolés (en
partie, car il y a hélas énormément d’effets spéciaux sur fond vert dans ce
film), qui ajoutent de la poésie, de la fragilité et de l’humanité à ce long
métrage et ces personnages repoussants.
Au sortir de « Digger »,
on a donc envie de se demander « tout ça pour ça ? »… C’est en effet
un film vraiment laborieux. Mais bon, disons qu’il ajoute sa pierre, ou plutôt
son petit caillou à l’édifice visant à dénoncer les exactions de Donald Trump,
c’est toujours ça de pris. Dommage qu’il en résulte ce gâchis d’argent et de
talents. Voilà un brouet peu digeste, qui reste sur l’estomac, qu’on n’a pas
envie de revoir de sitôt, et dont il ne reste pas grand-chose une fois le film
fini. La communication démesurée autour de ce long métrage a fait pschitt… Alejandro
González Iñárritu, ou encore une baudruche qui n’a pas fini de se dégonfler…
[2/4]