Triste ce qu'est devenue Angèle. Rien qu'en l’observant dans les médias et sur les réseaux sociaux on ne la reconnaît plus, le regard presque hagard, comme si sa carrière et sa vie lui échappaient... En mode pilotage automatique. Certes elle remplit des stades, elle est devenue une superstar, en France et à l’étranger, ce qui n’est clairement pas donné à tous les artistes musicaux francophones. Mais tout ça pour quoi ? Où est passée la chanteuse rigolote de « Brol », avec des chansons douces-amères, tantôt poétiques tantôt engagées et ironiques, à la fois maladroites mais attachantes, tout comme elle et sa belgitude ? Réécouter la première chanson de « Brol », La Thune, est assez cruel pour elle, quand on fait attention aux paroles et quand on compare l’Angèle des débuts à celle d’aujourd’hui… Et puis c’était un album avec pas mal de pépites, presque tout y était réussi, y compris les clips inventifs, drôles et décalés.
Alors je sais bien qu'on n'a pas à porter ses origines en bandoulière. Mais que reste-t-il de belge dans sa musique ? Rien, nada. Elle rejoint la liste de ces chanteuses de pop complètement formatée et insipide sans aucun intérêt... Dua Lupa est l’une de ses références avouées… Soit une énième diva pop sans personnalité artistique. C’est bien d’avoir une belle voix et des producteurs à la mode, mais pardon, la musique c’est beaucoup plus que ça. Et puis fallait-il aussi pour plaire au monde anglo-saxon chanter dans un français en mode yaourt, complètement incompréhensible ? Qu'elle chante uniquement en anglais, uniquement en français ou dans les deux langues, aucun souci, ce sont des choix tout à fait légitimes et indiscutables. Mais c'est quoi ce pseudo français inintelligible ? Et puis d'ailleurs c'est quoi ces paroles moches et complètement inintéressantes ?
Je savais qu'il allait être compliqué pour elle de garder l'originalité et la spontanéité de ses débuts. Dès son second album, « Nonante-Cinq », elle s'est perdue dans une pop mercantile et sans saveur... Et là avec « Instinct », elle atteint un point de non-retour... Finalement, c’est dans ses chansons plus simples et plus personnelles qu’on perçoit encore un fragile semblant d’âme et de pertinence, comme pour On verra, ou Je sais, dédiée à son père, lui aussi musicien et chanteur.
Pour le reste, « Instinct » est un énième album de « musique urbaine », une sorte de fourre-tout de sonorités à la mode, déjà vue mille fois. Avec bien sûr une floppée de featurings, pour mieux masquer l’absence d’inspiration. Et là encore on déchante. Convoquer Soulwax, SebastiAn ou même la star indie US Caroline Polachek pour un tel résultat, c’est franchement décevant. Seul le titre What You Want avec Justice est passable. Mais il est lui aussi gâché par des paroles stupides. Car autre nouveau centre d’intérêt d’Angèle, son goût pour une sorte d’érotisme chic ringard, juste bon à émoustiller les adolescentes, sans rien dire d’intéressant… Pour tout dire, l’album est d’un goût douteux, à l’image de cette pochette assez laide…
Non vraiment, il n’y a plus grand-chose à sauver dans ce nouvel essai d’Angèle. J’ai appris qu’elle habitait maintenant à New York. Comme si c’était une fin en soi… Grand bien lui fasse. Tant qu’à évoquer un artiste belge (belgo-égyptien pour être précis) habitant lui aussi à New York et du même âge, je préfère évoquer le talentueux Tamino. Un extraordinaire chanteur, musicien et songwriter. Plongez-vous dans ses premier et troisième albums, respectivement intitulés « Amir » et « Every Dawn's a Mountain ». Voilà de la vraie musique et de la vraie poésie. Sinon je m’en vais réécouter « Brol » m’feye.
[1/4]

%20-%20Fat%20Dog.jpg)
