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dimanche 2 août 2026

« Dry Leaf » (Khmeli potoli) d’Alexandre Koberidze (2026)


Voilà un long métrage que j'aurais vraiment voulu aimer, recommandé par un très bon ami grand cinéphile, amoureux fou de ce film (il se reconnaîtra)... Hélas, j'ai subi les 3 longues heures de « Dry Leaf »...

Alexandre Koberidze part de deux très bonnes idées : un scénario intriguant, avec cette jeune femme qui disparaît, partie photographier des stades de foot dans les villages du pays, et son père qui se lance à sa recherche à travers toute la Géorgie ; et filmer intégralement ce long métrage avec un vieux téléphone portable, un Sony Ericsson de 2008, donnant un aspect flou et pixelisé à l'image, ce qui confère à « Dry Leaf » une identité visuelle singulière et cohérente, ainsi qu’une belle poésie picturale.

Mais le cinéaste géorgien ne fait rien, ou pas grand-chose, de ces deux bonnes idées, comme si ces intentions suffisaient à en faire un film de 3 heures... Manifestement, vu les louanges invraisemblables reçues par ce film de la part des Cahiers du Cinéma ou de Critikat, ça suffit... du moins à satisfaire la critique sensible à ce genre de posture auteurisante, qui cache mal une absence d'inspiration... Ah cette fameuse posture dont une partie de la critique snob est si friande... ça me dépasse... Et en même temps, ça explique la désaffection du public pour une bonne partie de la critique cinéma. 

Car si l’image est intéressante, bénéficiant au moins de cadrages maîtrisés  (mais rien d'incroyable non plus), Alexandre Koberidze se refuse à déployer un vrai scénario. La quête du héros principal est linéaire, rachitique et ultra répétitive, comme du sous Kiarostami, impression renforcée par la pauvreté des dialogues, dont peut-être deux échanges dans tout le film contiennent quelques traits d’esprit dignes d’intérêt. Le film est aidé par la très belle musique de Giorgi Koberidze, frère du réalisateur. Mais le cinéaste n’en fait rien non plus : la musique est comme plaquée aléatoirement sur les images, sans visée narrative… Et pour finir, Alexandre Koberidze ne récompensera pas le spectateur, car au bout de ces 3 heures lénifiantes, le fin mot de l’histoire ne nous sera pas totalement révélé, par une pirouette qui me fait dire que le réalisateur se fout quand même bien de notre gueule…

En entretien, Alexandre Koberidze dit avoir voulu explorer et mieux comprendre les campagnes géorgiennes, après deux premiers longs métrages qui se déroulaient dans des grandes villes du pays. Mais même là, il s’en tient à la surface : il en reste totalement extérieur. Il n’y a pas de vraies et longues rencontres avec des habitants locaux, à l’exception d’une ou deux fois (sur 3 heures !). Et lorsque le héros croise des gens dehors, ils échangent 2-3 banalités, puis se quittent. Visuellement, la caméra reste plantée sur des terrains de foot de fortune, usant de panoramiques et de quelques plans de coupe. C’est bien léger pour une pseudo immersion dans le cœur de la Géorgie rurale… Donc décidément, tout est décevant dans cet essai…

Malgré cela « Dry Leaf » n’est pas forcément un mauvais film, car il comporte quelques bonnes idées ainsi qu’une très belle bande son musicale. Mais il ne démarre jamais vraiment, il nous fait errer dans les limbes du néant artistique, et à aucun moment il ne justifie sa durée démesurée. Ce n’est même pas un film que je déteste… Par contre il m’a beaucoup énervé, ça oui ! Ainsi que les médias qui portent aux nues ce film : attention, arnaque. Ou du moins faux chef-d’œuvre…

[2/4]

lundi 9 février 2026

« Aucun autre choix » (어쩔수가없다) de Park Chan-wook (2026)


Première grosse déception de l'année. Je pensais que Park Chan-wook s'était un peu calmé et qu'il était enfin arrivé à une maturité artistique pleine de promesses de bons, voire de grands films à venir, après un « Decision to leave » magistral, que j'avais beaucoup aimé. Il n'en est rien. Le cinéaste coréen retombe dans ses travers et nous livre un film boursouflé et grand-guignolesque avec « Aucun autre choix ». La satire virulente contre le capitalisme, poussant les travailleurs à lutter les uns contre les autres plutôt qu'à s'allier, et détruisant les vies humaines, les villes et la nature, part d'une bonne intention. Mais le traitement est beaucoup trop outré pour convaincre. Park Chan-wook ne sait jamais sur quel pied danser, entre film politique et social (ce qu'il n'est pas assez), comédie délirante à l'humour noir, ou chronique d'une famille dysfonctionnelle, sujet récurrent dans le cinéma coréen.

Certes, le réalisateur prend le temps de montrer à quel point la quête de Man-soo (impeccable Lee Byung-hun) est insensée et dérisoire. Ce dernier, licencié d’une entreprise qui fabrique du papier, tente de postuler pour une entreprise concurrente. Problème : il y a déjà plusieurs candidats très expérimentés en lice. Man-soo décide donc de les éliminer un à un pour obtenir le poste. « Aucun autre choix » va suivre l’anti-héros dans ses différentes tentatives, et l’on va vite se rendre compte qu’il est un bien piètre assassin. D’autant que ses victimes lui ressemblent beaucoup par leur situation personnelle et sociale, c’est donc terriblement ironique de le voir tuer ses semblables alors qu’ils pourraient ensemble trouver un moyen de gagner leur vie de façon honnête, décente, en mettant en œuvre leurs qualités et leurs compétences. Bien sûr, c’est un moyen pour Park Chan-wook de montrer à quel point le capitalisme dévore les travailleurs, dans une Corée du Sud où la société et le monde économique sont particulièrement violents et sans pitié.

Mais pour cela, le cinéaste passe par plein de circonvolutions et appuie le propos sans grande subtilité, alors qu’on comprend très rapidement les enjeux. Ainsi, le film s'enlise dans des longueurs rédhibitoires et épuisantes, Park Chan-wook se perdant dans des sous-intrigues sans grand intérêt. Aucun autre choix souffre d'un manque criant d'efficacité, il y a au moins 30-45 minutes, voire même 1h en trop sur les 2h20 que dure le long métrage. Et ce qui est décevant, c’est que le réalisateur ne développe pas outre mesure son propos. Il préfère passer du temps sur des scènes tragi-comiques drôles et improbables plutôt que de développer une réflexion qui amènerait ses concitoyens à remettre en cause le système économique en place. Oui, il montre un homme et sa famille déclassés, qui risquent de tout perdre, mais il s’attarde sur des conséquences fantasques plutôt que de réfléchir aux causes et à comment y remédier.

Alors certes, le film est souvent drôle, ce qui fait qu'il est divertissant, mais il est beaucoup trop long pour ce qu'il a à dire, si bien que la séance m'a été pénible, ne voyant pas ou le cinéaste coréen voulait en venir, d'autant que sa mise en scène kitsch n'aide pas à savourer le temps qui passe... Les mouvements de caméra sont particulièrement voyants et grossiers, et la photographie, virant sur le rose à plusieurs reprises, avec des effets visuels outranciers, est à l’opposé de la finesse de celle de « Decision to leave ». Bref, « Aucun autre choix » est un gros plantage qui me fait relativiser l'engouement que j'avais éprouvé pour le cinéma de Park Chan-wook après avoir découvert ces dernières années les deux pépites que sont « JSA » et « Decision to leave ». Deux grands films qui surnagent dans une filmographie très inégale...

[2/4]

dimanche 18 janvier 2026

« L’Engloutie » de Louise Hémon (2025)


Pour un premier long métrage de fiction, Louise Hémon nous propose une belle et forte proposition de cinéma. Sur la base des écrits de ses aïeux, elle nous plonge dans un hameau perdu des Alpes fin 1899, alors que la France et le monde s'apprêtent à basculer dans le 20e siècle. Dans ce village reculé, Mademoiselle Aimée Lazare (tout un programme) arrive comme institutrice, mais voit bien vite les habitants locaux se méfier. Aimée se heurte aux coutumes et aux superstitions locales, tout en sentant poindre le désir charnel en elle.

« L'Engloutie » est un film riche et dense sur le fond, qui bénéficie d'une magnifique photographie, en lumière naturelle, tirant pleinement parti de la montagne hostile et des grandes étendues de neige, ou d'intérieurs d'époque bien reconstitués, éclairés à la bougie. En cela, ce long métrage a une identité visuelle incontestable, qui émerveille.

C'est sur l'écriture que « L'Engloutie » déçoit. Louise Hémon veut traiter trop de thématiques, et va trop vite dans le récit, n'arrivant pas complètement à faire vivre et à rendre crédible ses personnages. Pour son film, ses influences sont multiples, de « Jour de Colère » de Carl Theodor Dreyer à « La Chevauchée des Bannis » d'André de Toth. Des références de premier ordre, dont on retrouve l'écho ici, sans que Louise Hémon parvienne à se hisser à leur niveau. Il manque à ce film du liant et surtout un sens de la dramaturgie plus prononcé. On devrait avoir peur pour ses personnages à certains moments, ressentir de l'angoisse ou de l'exaltation. Or les péripéties sont trop vite désamorcées par une narration un peu trop erratique.

Toutefois, ce long métrage dispose de qualités indéniables. En plus de son aspect visuel très réussi (bravo à la belle photographie de Marine Atlan et aux décors plus vrais que nature d’Anna Le Mouël), citons Galatea Bellugi, convaincante en jeune institutrice à fort caractère, qui se découvre au contact de cette population rurale. Il faut aussi évoquer le travail musical d’Emile Sornin, qui s’inspire des musiques d’Ennio Morricone, « L’Engloutie » étant de l’aveu même de Louise Hémon (très intéressante en interview) une sorte de western à la française. Emile Sornin signe une bande son qui fait la part belle aux musiques traditionnelles d’époque, avec une pointe de dissonance et de modernité pour rendre le tout étrange et fascinant. La direction des autres acteurs, professionnels et majoritairement non professionnels, est à mettre au crédit de la cinéaste.

En somme, Louise Hémon parvient à réaliser un film original, une sorte de reconstitution ethnographique mêlée de fantastique, réussie sur cet aspect. Mais il s’agit de son premier long métrage de fiction, et ça se ressent, l’écriture n’est pas assez aboutie pour faire de « L’Engloutie » le grand film qu’il aurait pu être. Sans doute est-il aussi trop sage par certains aspects. Pour autant, il s’agit d’un brillant premier essai, qui incite à suivre avec attention le parcours à venir de cette jeune cinéaste prometteuse.

[2/4]