jeudi 25 avril 2019

« L'Héritage des 500 000 » (Gojūman-nin no isan) de Toshirô Mifune (1963)

    Je pensais être plus sévère avec l'unique film réalisé par Mifune, mais en prenant du recul, notamment en lisant la critique de DVDclassik ici, je me rends compte que ce long métrage regorge de qualités, même s'il n'est pas exempt de défauts, sur lesquels je reviendrai.

Tout d'abord le scénario. Les 500 000, ce sont ces soldats morts dans les Philippines pendant la Seconde Guerre Mondiale. Durant la guerre, l'armée japonaise a réquisitionné l'or de ses concitoyens, les faisant fondre en des milliers de pièces frappées (ironiquement ?) de l'idéogramme du bonheur. Ce trésor a été transporté de places en places, de cachettes en cachettes, pour finalement être enseveli dans le sol montagneux d'une île des Philippines.

Takeichi Matsuo (Toshirô Mifune), ex-commandant de l'armée impériale ayant participé à l'ensevelissement des pièces, mène une vie rangée de cadre dans une entreprise, cherchant à oublier les traumatismes de la guerre. Mais son passé le rattrape, avec l'irruption d'un homme d'affaires peu scrupuleux (le toujours excellent Tatsuya Nakadai) bien décidé à retrouver le trésor perdu, soi-disant pour le rendre aux populations lésées. Ce dernier use alors de la force pour convaincre Matsuo de prendre la tête d'une expédition à la recherche de l'or tant convoité.

Le long métrage, qui débute par une longue exposition, prend son temps et construit étape après étape ce récit de chasse au trésor. Il finit par ressembler alors de plus en plus à « Un Taxi pour Tobrouk » de  Denys de La Patellière (sorti 2 ans plus tôt) : nos 5 Japonais se retrouvent dans une Jeep bourrée à craquer, avançant dans les rizières et la jungle à la place du Sahara. Et le ton est le même : amer, désabusé, ironique et bien sûr anti-militariste, le tout dans un décor grandiose et luxuriant d'une beauté envoutante, qui contraste avec le périple dangereux de nos protagonistes.

Pour autant, le long métrage de Mifune a son intérêt propre, notamment en ce qu'il revisite le passé douloureux du Japon. Ceux qui ont fait la guerre en sont meurtris à jamais, et celui qui ne l'a pas faite découvre peu à peu en quoi elle consistait, à mesure que la troupe évolue dans les charniers des Philippines, véritables tombeaux à ciel ouvert. Mifune s'intéresse à chacun des personnages, qui a sa propre personnalité et se transforme au fil des évènements.

Finalement, et c'est là l'un des principaux reproches que je ferai à ce film, seul le personnage de Mifune est assez monolithique, en héros des temps modernes sans aucun défaut. On comprend alors aisément que la volonté de Mifune d'incarner des personnages parfaits ne pouvait que se heurter à la vision plus nuancée de Kurosawa. Leur désaccord éclatera durant le tournage du fameux « Barberousse », signant la fin d'une collaboration sans pareille dans l'histoire du cinéma et le début d'une profonde rupture entre les deux hommes, qui mettront près de 30 ans avant de se réconcilier.

Autre faiblesse de ce long métrage : le manichéisme un peu appuyé et une sorte de naïveté morale au didactisme un peu lourd. Néanmoins, c'est le revers de la médaille, je ne peux que louer le bel humanisme qui transpire dans ce film. Kurosawa lui-même, qui a d'ailleurs participé à la réalisation de ce long métrage, notamment au montage, ne l'aurait sans doute pas renié, même s'il ne fait aucun doute qu'il aurait proposé un scénario plus subtil.

De même, la réalisation n'égale pas non plus celle de Kurosawa, mais fait preuve d'une grande maîtrise. Les cadrages sont élégants, la photographie somptueuse, magnifiant les paysages insulaires et montagneux, le montage (dont on sait qu'il fut supervisé par Mifune) réserve un rythme organique des plus plaisants, ni trop rapide ni ennuyeux... Bref, si « L'Héritage des 500 000 » n'a pas la pertinence ni la puissance visuelle d'un Kurosawa des grands jours (ce dont on pouvait s'attendre), il ne s'agit pas non plus d'une simple curiosité ni d'une lubie d'acteur en manque de reconnaissance critique.

Fond et forme se mêlent harmonieusement et participent à la qualité louable de ce long métrage. A la fois divertissement, œuvre d'art mais aussi de mémoire, ce film mérite d'être découvert, notamment par tout admirateur du duo Kurosawa / Mifune qui se respecte. Véritable succès à sa sortie en salles au Japon en 1963, sa diffusion pour la première fois en France vient éclairer une autre facette de Toshirô Mifune, qui fut décidément quelqu'un de terriblement doué.

[3/4]

dimanche 14 avril 2019

« Petra Chérie » d'Attilio Micheluzzi (1977)

    Plus grand monde ne semble se souvenir d'Attilio Micheluzzi. Il est vrai qu'il n'a pas la renommée d'un Hugo Pratt, probablement le dessinateur italien le plus connu. Pour autant l’œuvre de Micheluzzi est tout à fait digne d'intérêt. Pour ma part, j'ai connu ce dessinateur en lisant le livre-interview de Jirô Taniguchi (« Jirô Taniguchi, l'homme qui dessine »), célèbre mangaka japonais, qui reconnaissait l’œuvre de Micheluzzi comme l'une de ses influences.

Un point commun entre Pratt et Micheluzzi : ils eurent tous deux un père militaire. Est-ce parce qu'ils furent marqués par les deux grands conflits mondiaux du XXème siècle, toujours est-il qu'ils partagèrent également un goût pour l'Histoire, qui se traduisit avec bonheur dans leurs bandes dessinées fouillées et érudites.

Mais la comparaison s'arrête là. Car si Hugo Pratt s'est peu à peu libéré de ses influences pour produire une œuvre extraordinairement originale, ne serait-ce que sur un plan purement visuel, Micheluzzi s'est ostensiblement placé sous le haut patronage de Milton Caniff. Je ne connais que de réputation ce dernier. Mais il semble que tout comme Caniff, Micheluzzi ait créé, du moins pour « Petra Chérie », des personnages archétypiques : Petra la femme fatale, sans doute inspirée par Louise Brooks, mondaine, effrontée et courageuse, Nung, son fidèle serviteur, sorte de sage chinois tout droit sorti d'une image d’Épinal, Shapiro, son fidèle dogue, et ainsi de suite.

Mais le coup de génie de Micheluzzi, c'est qu'il se sert de ses personnages un peu clichés pour mieux les placer dans des situations troubles. Micheluzzi pratique l'art de l'entre deux, du clair obscur, visuel mais aussi moral. En fait c'est là ce qui fait l'originalité de sa série : le dessinateur et auteur italien fait évoluer ses personnages à la fin de la guerre 14-18, à une époque ambivalente. Son héroïne, Petra de Karlowitz, est citoyenne néerlandaise, fille d'un riche industriel polonais et d'une belle française. A l'époque, la Hollande est un pays neutre, tout comme semble l'être Petra. Mais son cœur balance du côté Allié, et elle profite de son statut social favorisé et de son apparente neutralité pour prêter main forte dans la guerre contre les empires germaniques.

Petra fait alors face à toute une palette de dilemmes moraux : tromper des amis de l'autre bord, s'afficher neutre jusque dans les combats pour ne pas subir le feu ennemi, poser une bombe alors qu'elle est invitée d'honneur... Mais ce qui est également intéressant, c'est la complexité des personnages qu'elle croise sur son chemin. Si Petra est tout sauf totalement blanche ou noire, il en va de même pour ses contemporains. Ses ennemis ont toujours leurs raisons, et « Petra Chérie » devient le récit d'une époque passionnante car terriblement nébuleuse et confuse. Grandeur d'âme et bassesse se côtoient, parfois même au sein d'un même personnage.

« Petra Chérie » réserve ainsi de nombreux niveaux de lecture. Mais cette série est aussi le témoignage de la fin d'une certaine Europe, cosmopolite et lettrée, comme l'est Petra. Et c'est plus particulièrement à travers la trajectoire de l'héroïne éponyme que cette chute nous est dépeinte. D'abord enjouée, légère et irrévérencieuse, Petra va se retrouver de plus en plus engluée dans les conflits de son temps et les situations extrêmement dangereuse qui s'ensuivirent, surtout quand on est une femme, belle et intrépide. L'éclat de Petra va ainsi peu à peu se ternir... jusqu'à l'avènement du bolchévisme, qui signe la fin de ce récit fleuve... et peut-être bien d'une époque, et même d'un monde.

« Pétra Chérie » est donc un monument oublié du neuvième art, une série constituée autour d'une multitude de brefs épisodes, comme autant de contes moraux modernes, ou comme un opéra de papier avec ses personnages flamboyants, ses retournements de situation surprenants et ses moments tragiques. Une série magnifique, qui laisse songeur une fois la dernière page lue et l'album refermé. Comme un bout du XXème siècle, un morceau de ce continent embrasé, de cette Histoire que plus grande monde ne connaît vraiment de nos jours... Un témoignage inestimable de ce qui fut et n'est plus...

[4/4]

samedi 30 mars 2019

« La Passion Van Gogh » (Loving Vincent) de Dorota Kobiela et Hugh Welchman (2017)

    Cela faisait un moment que j’avais ce long métrage dans ma pile de films à voir. Un long métrage sur Vincent Van Gogh, reprenant son style pictural pour littéralement donner vie à ses peintures, voilà de quoi intriguer et donner envie. Pour autant, j’ai mis du temps avant de franchir le pas. Principalement car je craignais le biopic académique et l’exercice de style vain et creux. Je craignais de m’ennuyer devant ce long métrage que je suspectais convenu et mécanique.

Fort heureusement, « La Passion Van Gogh » m’a rapidement rassuré. En prenant le parti de raconter une sorte d’enquête visant à élucider les conditions troubles de la mort de Vincent Van Gogh, les réalisateurs ont abordé la vie du peintre de manière originale et ont évité le principal écueil de tout biopic : un récit linéaire qui reprend étape après étape les grands moments de l’existence du personnage principal, de façon paresseuse et sans aucune surprise. « La Passion Van Gogh » raconte donc la vie de l’artiste néerlandais par petites touches, au gré des souvenirs des différentes personnes qui l’ont rencontré de son vivant.

Les réalisateurs réussissent ainsi à dépeindre les sentiments et les pensées du peintre, que l’on découvre ultra sensible et fragile. On accède de la sorte à l’être intérieur de Van Gogh, et même, tout simplement, à son âme. « La Passion Van Gogh » n’est donc pas seulement une prouesse technique, c’est aussi l’un des meilleurs films réalisés sur Van Gogh, aux côtés du court métrage « Van Gogh » de Resnais, de « La Vie passionnée de Vincent Van Gogh » de Vincente Minnelli ou encore du segment des « Rêves » de Kurosawa consacré à l’artiste tourmenté.

« La Passion Van Gogh » est tout sauf aride, c’est un long métrage passionnant, que l’on finit par trouver bien trop court tant il a de choses à raconter. Il s’agit pour moi de la plus grande réussite de ce film : rendre un bel hommage au peintre tout en permettant au public de rentrer au cœur de ses œuvres, en comprenant mieux le monde intérieur qui les a fait naître. Le passage sur la série des tournesols, par exemple, est à la fois didactique et extrêmement touchant en ce qu’il révèle la profondeur et la méticulosité de l’art de Van Gogh, tout sauf un peintre uniquement visuel. Car Van Gogh était un véritable mystique, oscillant entre passion, lucidité et folie. Un être démesurément humain et terriblement touchant.

Évidemment, je ne peux pas finir ce texte sans évoquer l’aspect visuel de ce long métrage. Si la qualité de son écriture relègue presque son esthétique au second plan, un comble au vu du résultat pictural tout bonnement bluffant, on ne peut s’abstraire de ces images dont on a tous rêvé. Se plonger dans les peintures de Van Gogh, faire revivre les personnages, l’arrière plan, la ville et les champs, bien des artistes, réalisateurs notamment, l’ont tenté, avec succès d’ailleurs. Mais là une autre dimension est franchie avec l’aspect totalement immersif de ce long métrage. En fait, le film se compose de deux styles graphiques : principalement celui de Van Gogh, pour représenter le présent, et un style crayonné en nuances de gris pour figurer le passé, lors de flash backs.

Une majeure partie du long métrage reprend donc le style de Van Gogh, et c’est un vrai régal. L’animation est d’une grande qualité, et les tableaux du peintre prennent vie sous nos yeux, dans un magnifique ballet de formes et de couleurs. Les jaunes, les bleus, les ocres, tout cela semble danser devant nous, comme si les tableaux étaient des personnages à part entière. C’est une autre façon de les regarder et de les transmettre aux générations futures, par l'entremise du cinéma.

Fort de nombreuses qualités, « La Passion Van Gogh » constitue une véritable plongée dans l’œuvre intense et si belle du peintre hollandais, qui ne laisse pas indifférent. Une ballade à la fois onirique et charnelle, nous faisant mieux comprendre qui était réellement Vincent Van Gogh. En somme, un film éminemment recommandable pour tous les amoureux de son art.

[3/4]

dimanche 3 mars 2019

« Une Île lointaine » de Lele Vianello (2019)

    Lele Vianello fut l'un des assistants d'Hugo Pratt. La manière avec laquelle il écrit le scénario et les personnages ainsi qu'avec laquelle il dessine sont donc très proches de la façon de faire du maître. C'est d'ailleurs Vianello qui aurait dû, en toute logique, reprendre le personnage de Corto Maltese, et non le duo Juan Díaz Canales et Ruben Pellejero, parachutés semble-t-il uniquement pour des raisons pécuniaires... Mais revenons à Vianello.

Je ne connais l'existence du bonhomme que depuis peu, en étant tombé par hasard en librairie sur ce que je pensais être un inédit de Pratt, « Le Fanfaron », tant la ressemblance graphique était trompeuse. En regardant bien, nulle trace du nom de Pratt sur la couverture, à la place celui de Vianello, donc, et j'ai dû me rendre à l'évidence : il y avait bien quelqu'un capable de dessiner comme Pratt.

On trouve peu d'informations à propose de Vianello sur internet, et je n'ai hélas pas les compétences pour lire sa fiche Wikipédia existant seulement en italien. Difficile de savoir si les albums édités (avec soin) chez Mosquito sont des rééditions ou des éditions originales. Difficile donc de savoir quand ont réellement été créées ses œuvres. 

Je suis donc tombé récemment sur la dernière BD de Vianello publiée chez Mosquito : « Une Île lointaine », publiée en janvier 2019, sans trop savoir s'il s'agit d'un tout nouvel album ou d'une réédition. A voir les quelques maladresses du trait, je dirais toutefois qu'il s'agit d'un nouvel album. Vianello n'étant plus tout jeune, on peut comprendre que son coup de crayon soit parfois hésitant.

Pour autant, je ne voudrais pas laisser l'impression que cette BD est mauvaise, c'est d'ailleurs tout le contraire, on ressent l'ambiance des albums de Pratt, avec ce héros, lointain cousin de Corto, ici nommé Julian Drake. Un marin roublard cherchant à se sortir d'une mauvaise passe. On retrouve ce mélange de gravité et de légèreté, cette ironie, cette nonchalance, le tout dans un univers exotique, parmi les îles du Pacifique.

Bien sûr, ce n'est pas aussi bon que les meilleures œuvres du maestro, mais pour ce qui semble être plutôt une œuvre « sur le tard » de Vianello, nous avons affaire ici à une BD accomplie. Malgré les grandes cases typiquement « prattiennes » qui font que les 60 pages se lisent rapidement, Vianello sait ménager un rythme à son histoire, avec un début, un milieu et une fin, cette dernière arrivant de façon harmonieuse, sans être trop abrupte.

Et quel plaisir de revivre un instant cette atmosphère si particulière, ce goût pour l'aventure dans des contrées reculées, avec notre héros malicieux. Et puis le fin mot de l'histoire vient donner un peu de panache, et révèle chez Vianello un goût pour l'humanisme digne du Pratt des grands soirs.

Pour tous les orphelins de Pratt, c'est donc vers l’œuvre de Vianello que je vous invite à vous tourner, si vous souhaitez revivre les grands moments du maître, agrémentés de la sensibilité propre à son digne successeur.

[3/4]

samedi 23 février 2019

« Les Maîtres de l'Orge – Charles, 1854 » de Jean Van Hamme et Francis Vallès (1992)

    Je vais parler ici de l'ensemble des 8 albums qui constituent cette série de bande dessinée, débutée en 1992 et achevée en 2001. Jean Van Hamme a écrit une saga familiale s'étendant sur 4 générations, et dont chaque tome s'attarde sur un personnage en particulier, sans pour autant délaisser le reste de la famille. Le tout est mis en images avec un talent certain par Francis Vallès.

Le premier tome s'ouvre au XIXème siècle, sur le futur patriarche de la famille, Charles Steenfort, alors qu'il est novice dans un monastère. Sa vie va rapidement se voir chamboulée, et il va tirer parti du savoir-faire des moines en la matière pour créer sa propre brasserie, qui deviendra l'une des plus importantes de Belgique, pays dans lequel se déroule l'intrigue. Bien évidemment, son ascension sociale va créer des convoitises, et la charge de son entreprise prospère va se révéler bien lourde à porter, par lui comme par ses descendants.

En fait, je vois dans cette saga comme le double opposé de la série Largo Winch, du même Jean Van Hamme. Largo Winch n'a pas de famille, ici c'est celle des Steenfort que l'on observe se débattre. Largo est un homme au grand cœur, une sorte de héros des temps modernes idéaliste, et sans doute idéalisé. Charles Steenfort est plutôt un opportuniste machiavélique, prêt à tout pour asseoir son pouvoir et développer son entreprise. D'ailleurs, sa brasserie, je me répète, aura de sombres répercussions sur sa famille.

La série Largo Winch n'est pas vraiment datée, tout au plus peut-on deviner qu'elle se déroule dans les années 90, 2000 ou 2010. « Les Maîtres de l'Orge » est une série au contexte historique fort : chaque album débute par les faits marquants de l'année durant laquelle il se déroule. Les Steenfort ne sont pas épargnés par les grands évènements de leur temps : maladie, crise économique, guerre, grèves... De plus, Largo Winch est une série aussi légère et rayonnante que celle des « Maîtres de l'Orge » est lourde et ténébreuse.

Car ces deux séries ne présentent pas la même vision du monde économique. Dans Largo Winch, argent et pouvoir corrompent, certes, notamment ces grands barons du groupe W, mais Largo présente un visage humain, il est une sorte de philanthrope milliardaire, et si ses responsabilités lui pèsent, il ne semble pas tant que ça atteint par le démon de l'argent. D'ailleurs, son idéal est ailleurs, il a sans doute d'autres visées.

Dans « Les Maîtres de l'Orge », la brasserie familiale est comme une sorte de Moloch, un maître sans pitié qui consume ses serviteurs, la famille Steenfort, qui lui consacrent leur vie. Le monde des entreprises y est plus noir : pour s'en sortir, pour survivre même, les protagonistes de la saga semblent prêts à tout, et doivent même se renier. Le personnage le plus exemplatif est celui d'Adrien, véritable pivot de la série, qui va consacrer sa vie à la brasserie Steenfort et la finir dans la douleur. Sa famille ne sera plus tout à fait la même, et ses héritiers vont fort heureusement infléchir la tendance, malgré les épreuves qu'ils vont rencontrer.

Si les premiers tomes sont difficiles, parfois même sordides, la fin des « Maîtres de l'Orge » se fait plus lumineuse. Elle vient redonner du sens à l'ensemble, de façon peut-être facile jugeront certains, pour ma part je ne pouvais imaginer meilleure conclusion. L'ensemble se révèle une fresque ambitieuse, avec laquelle on apprend (un peu) la confection de la bière, et plus encore le quotidien d'une entreprise familiale à travers le temps. Il y a des hauts et des bas, des moments émouvants et tragiques, d'autres un peu plus « faciles », voire inutiles, mais dans l'ensemble on suit avec intérêt l'histoire de cette famille si singulière et ordinaire à la fois.

A noter que le tome 8 est une sorte de hors série, qui vient éclaircir les zones d'ombre de cette saga, dans un esprit de mise en abime amusant et bien mené par Van Hamme. Une façon de conclure une seconde fois la série, en lui apportant encore un peu plus de densité. Bien vu !

En somme une saga adulte, un peu aride et dure, pas toujours aussi « aimable » que peuvent l'être les séries phares de Van Hamme (« Thorgal », « Largo Winch » et  « XIII », au début du moins), mais qui apporte sa pierre à l'édifice de la bande dessinée franco-belge.

[3/4]

vendredi 1 février 2019

« Gallipoli » de Beirut (2019)

    Il y a deux types d'albums. Ceux où les singles s'avèrent être l'arbre qui cache la forêt : les autres titres se révèlent aussi bon voire bien meilleurs que les quelques chansons mises en avant. Et il y a ceux où derrière les singles ne se cache pas grand chose... C'est hélas le cas de « Gallipoli ».

Zach Condon, la tête pensante et l'homme orchestre derrière Beirut, semble tourner en rond. Certes « Gallipoli » a plus de corps que « No No No », écrit et sorti alors que Zach se remettait d'une dépression. Mais ici, on a toujours envie d'ouvrir les fenêtres. Bon sang Zach, mais lâche toi ! Ton approche, inspirée par le meilleur des influences européennes et américaines, est géniale : puiser dans le folklore, à la frontière entre musique savante et populaire, en mixant instruments réels sonnant merveilleusement bien et électronique, avec quelques distorsions pour relever le tout. Personne ne fait ça mieux que toi. Alors pourquoi rester sur ces accords « fermés » ? Tu enchaînes 3-4 accords, puis tu reviens sur le premier, et tu tournes en boucle. Pourquoi ne crois-tu plus en toi ?

Je ne sais pas vous, mais quand les cuivres et les cordes s'emballent à partir de quelques accords prometteurs, je me de dis que ça y est on va décoller, comme avec la musique symphonique française fin XIXème - début XXème (Fauré, Debussy et Poulenc en tête) ou comme avec les meilleures musiques de films (Bernstein, Legrand – paix à son âme – ou encore Hisaishi, si si !). Condon aurait pu se faire beaucoup plus lyrique sans verser dans la caricature, tellement sa musique sonne « juste », tant elle est fine et subtile. On est comme coupés dans notre élan, les envolées que l'on souhaiterait encore plus généreuses se révèlent un peu chétives, ou tout du moins hésitantes. L'assurance triomphante de « The Rip Tide » s'est envolée.

D'autant plus dommage que l'univers musical et artistique de Zach Condon est particulièrement riche, sorte de Jack London de la pop, génial vagabond, perdu entre ports et bouges du monde entier, véritable éponge musicale ayant réussi à digérer ses multiples et hautes influences. Sa musique est une magnifique invitation au rêve et au voyage.

Malheureusement les seules vraies chansons de cet albums sont Gallipoli et Landslide, les deux singles mis en avant avant la sortie de l'album. Le reste de l'album se divise entre pistes purement musicales (on comprend désormais que c'est le cache misère de Condon) et titres chantés inachevés, le tout faisant presque office de remplissage et de liant. Oh certes, c'est du très bon remplissage, du remplissage élégant et distingué, mais qui peine à assouvir notre soif du Beirut des grands soirs ! La production ample et somptueuse, les gimmicks sympathiques, ne suffisent pas à combler mes (très hautes) attentes.

Alors bon, je mets une note très généreuse à cet album, d'ailleurs après une deuxième écoute il remonte déjà dans mon estime. Mais si vous espérez que Condon réédite l'exploit de ses deux premiers chefs-d’œuvre ou celui de « Rip Tide », l'album de la maturité qui ouvrait à des nouveaux horizons, passez votre chemin. Si vous avez décidément du mal à tourner le dos à ce musicien attachant, alors venez vous consoler avec « Gallipoli », en rêvant au bouleversant chef-d’œuvre qu'il aurait pu être...

[3/4]

samedi 19 janvier 2019

« Le Retour du héros » de Laurent Tirard (2018)

    « Le Retour du héros » part d'une, voire de plusieurs bonnes idées. Tout d'abord, dépeindre la lâcheté, personnifiée par un anti-héros, au début du XIXème siècle, pendant les guerres napoléoniennes. Le sujet est original : l'époque est d'habitude le théâtre de grandes fresques romanesques et romantiques, très premier degré (ce qui n'est pas forcément un mal), avec des héros flamboyants, des intrigues tortueuses, des scènes de batailles épiques, un amour passionné ou impossible, etc. C'est du reste la deuxième bonne idée de ce film : proposer une parodie plus ou moins déguisée (volontaire ou non) des romans de Jane Austen. D'ailleurs, l'héroïne s'appelle ici Elisabeth, tout comme le personnage principal d'« Orgueil et Préjugés ». Coïncidence ? Peut-être pas.

Dans tous les cas, Laurent Tirard raille dans ce long métrage l'héroïsme, les grands sentiments, qui s'ils sont convoqués par certains personnages, ne servent qu'à mieux dissimuler veulerie et bassesse. Le « couple » de personnages principaux est à ce titre assez bien trouvé, pour une fois Mélanie Laurent reste relativement sobre et rend plutôt crédible son personnage de jeune femme intelligente et insolente. Jean Dujardin, égal à lui-même, incarne à merveille ce héros de pacotille, pathétique et ridicule, qui finit même par devenir inquiétant.

Le problème, c'est qu'on retrouve en fait dans ce film... OSS 117. Oui, Dujardin fait du OSS 117 à 200%, il reprend son personnage à la fois drôle et lourdingue d'Hubert Bonisseur de la Bath, à l'époque de Napoléon donc. Ce qui veut dire un jeu tout sauf naturel et sincère, fait de sourcils levés, de sourires ravageurs et de rires gras. Ce qui fait encore sourire à certains moments, mais lasse quelque peu.

L'autre problème, c'est que le film peine à se trouver, on ne sait jamais s'il s'agit d'une vraie comédie, d'une comédie virant au drame psychologique, d'une parodie... Loin d'être le reflet d'une supposée complexité, à l'image du scénario qui réserve certains errements et autres temps morts, cette indécision manifeste me fait dire que Laurent Tirard ne semble pas toujours savoir où il va.

Tout comme une bonne partie des seconds rôles d'ailleurs. Noémie Merlant et Christophe Montenez en font des tonnes, la première en névrosée (même si elle se révèle assez drôle à la fin) et le second en falot timide maladif. En fait, rares sont les seconds rôles à réellement exister et à être crédibles. En revanche, Christian Bujeau et Évelyne Buyle sont parfaits en parents intéressés, tout comme Féodor Atkine en général éreinté par la guerre.

Et pour finir, tant de veulerie finit par écœurer un peu, une fois le film fini, laissant un goût amer, on ne peut que se remémorer les meilleurs films de Philippe de Broca et de Jean-Paul Rappeneau en se disant qu'un peu de finesse et de panache n'auraient pas été de trop...

[1/4]

samedi 8 décembre 2018

« Ticonderoga » de Hugo Pratt et Héctor Germán Oesterheld (1957)

    Je suis en colère contre les éditeurs de BD, qui bien souvent nous offrent le service minimum voire se foutent royalement de leurs lecteurs, en recyclant des séries après la mort de leurs créateurs à des fins commerciales et tout sauf artistiques, ou en rééditant et « repackageant » des séries à succès tous les 3 ans, n'hésitant pas à verser dans le n'importe quoi, en proposant des versions noir et blanc de BD pensées en couleur (Alix, Blake et Mortimer, etc.) ou des versions couleur de BD pensées en noir et blanc (Corto Maltese, etc.). Vraiment c'est une honte, le lecteur n'est plus perçu que comme un tiroir caisse sans fond ou comme un fan régressif à satisfaire de toutes les façons possibles, surtout si ça s'éloigne de toute véritable création artistique digne de ce nom...

Et puis de temps en temps, surgit un miracle. C'est ici le cas : Casterman réédite « Ticonderoga » de Hugo Pratt (au dessin) et Héctor Germán Oesterheld (au scénario). Un duo de choix qui a déjà fait des merveilles, au service d'un feuilleton publié fin des années 1950. Une réédition tout à fait bienvenue, tant ce récit est passionnant et brillamment illustré. Seul bémol, les planches originales sont pour la plupart introuvables, et la présente édition est le fruit du scannage de planches déjà imprimées. Le résultat est un peu trouble et baveux, et je ne sais pas si ça vient du fait que les planches étaient originellement en couleur et là reproduites en noir et blanc, ou si ça vient de la technique de reproduction.

Mais le rendu est tout à fait convenable et s'efface au profit de la lecture. Et quel bonheur que de découvrir une histoire originale et de nouveaux personnages ! Le narrateur, Caleb Lee, sert de faire-valoir à son ami, le trappeur téméraire Joe Flint, surnommé Ticonderoga. Pour compléter le tout, la figure tutélaire de Numokh, un indien mystérieux, sage et astucieux, accompagne nos deux jeunes héros et contrebalance par son discernement leur fougue juvénile.

L'histoire se déroule au XVIIIème siècle, à la frontière du Canada et des États-Unis d'aujourd'hui, au milieu de la guerre que se livrent les Anglais et les Français, entraînant dans leur sillage, par le jeu des alliances, les peuples Indiens autochtones. Comme dans « Fort Wheeling » (où Ticonderoga fera d'ailleurs une apparition) ou « Billy James », nos héros se retrouvent pris dans l'engrenage de la guerre et des massacres en tous genres, entre bravoure, courage, espoir, violence, lâcheté et barbarie.

S'il n'a pas l'ampleur d'un « Fort Wheeling », notamment car il a été abandonné par Pratt en cours de création, et n'a donc pas sa cohérence, « Ticonderoga » est un récit fort, humaniste et touchant. Il consiste en une suite d'épisodes, qui racontent les aventures de Ticonderoga et de ses amis, et comment peu à peu ils grandissent en humanité (notamment le narrateur Caleb Lee, moins « parfait » que Ticonderoga) malgré la sauvagerie guerrière qui les entoure.

Récit d'apprentissage par excellence, c'est une pièce de choix dans l’œuvre de Pratt et d'Oesterheld. Un excellent album, qui bien que dessiné dans le style de la première période de Pratt, classique et pas encore tout à fait épanoui, mérite de figurer dans la bibliothèque de tout amateur du maître italien qui se respecte, mais aussi de tout fan de BD historique de qualité.

[4/4]

« La Ferme des Animaux » (Animal Farm. A Fairy Story) de George Orwell (1945)

    Un bref roman incisif, puissant, inoubliable, terriblement lucide sur l'essor des totalitarismes au XXème siècle. En 10 chapitres seulement, avec une écriture sèche, aride, Orwell analyse les rouages qui font passer une société de la liberté à l'oppression totale, comme l'histoire de la grenouille qui se fait lentement cuire dans l'eau d'abord chaude puis peu à peu bouillante, sans réagir.

La façon dont les animaux de la ferme chassent les humains (ou les bourgeois) pour prendre la tête de la ferme et l’autogérer, les détails de cette autogestion, et la prise de pouvoir des cochons Boule de Neige / Trotski et Napoléon / Staline, la façon dont la caste des cochons s'arroge toujours plus de privilèges, la façon dont elle endort le peuple des animaux à coups de statistiques élogieuses totalement déconnectées de la réalité, tout cela ne laisse aucun doute, ce roman est une critique à peine voilée des travers du communisme.

Mais résumer ce roman à la critique du communisme occulte la dimension universelle et prophétique de cette fable, qui peut aussi s'appliquer au nazisme, et même... au capitalisme. Orwell décrit comme personne la manipulation des esprits, les renoncements crapuleux, la façon dont les lois et les règles édictées par l'élite sont peu à peu totalement détournées de leur esprit initial pour mieux asservir le peuple.

Bien que ce roman soit bref, il fourmille de petits détails, de tous ces micro évènements qui font basculer la vie des animaux dans l'enfer du totalitarisme. Orwell décrit les principes politiques, sociaux, économiques qui rendent leur existence peu à peu invivable. Et paradoxalement, si le choix d'Orwell d'utiliser des animaux et non des êtres humains permet au premier abord de garder une certaine distance et d'atténuer l'extrême violence de ce qu'il raconte, peu à peu, les écheveaux de l'intrigue et les agissements des cochons basculent dans l'horreur, qui semble démultipliée par un usage prodigieux de la litote.

Orwell se fait ainsi défenseur de la liberté, de l'esprit critique, du courage fasse à la perversité des tyrans et l'ignorance des peuples. Le meilleur antidote au totalitarisme semble ainsi la capacité à comprendre les différents niveaux de lecture des évènements, la capacité à prendre du recul, à analyser ce qui se trame et le sens caché des discours, à voir au-delà des apparences, le tout grâce à une pensée aiguisée, et surtout grâce à... l'Histoire !

On le voit bien, la première chose qui est réécrite par les tyrans de cette fable (et ceux ayant réellement existé), c'est l'histoire. Notre société ne l'a sans doute toujours pas compris (ses élites de tous bords, si, par contre), connaître l'histoire est primordial, et rien n'est plus difficile que de connaître la vérité de ce qui s'est véritablement passé tant l'histoire est le jouet des idéologies.

Puisse ce roman être encore lu pendant des siècles, édifier les jeunes générations et les moins jeunes, faire œuvre de mémoire pour que les totalitarismes fassent définitivement partie du passé. L'essor d'internet et de Big Brother (les GAFA et autres BATX chinois) me rendent toutefois pessimiste... Orwell était décidément un visionnaire...

[4/4]

mercredi 17 octobre 2018

« Brol » d'Angèle (2018)

    Il est peu probable que vous n'ayez pas entendu parler d'Angèle, de plus en plus présente dans les média depuis 1 an et la sortie de ses 3 premiers singles, avant celle de son album le 5 octobre dernier. Elle a véritablement explosé sur Youtube et Instagram avec son univers visuel particulier, décliné dans les clips de ses 3 premiers singles. Angèle ne serait-elle qu'un produit marketing ? Il est vrai que ses textes sont dans l'air du temps : l'amour, les réseaux sociaux, la malchance, le mouvement #MeToo, le narcissisme et la superficialité, la célébrité, ses avantages et ses inconvénients... Ses clips n'échappent pas non plus à un certain formalisme sucré déjà vu. Un peu trop consensuelle ?

En fait, une de ses grandes forces est sa « belgitude » pleinement assumée. Prenons le titre de son album : « Brol ». Il faut connaître un minimum le Wallon, patois (ou dialecte local) belge, pour connaître le terme, qui signifie « bazar », « chose », « truc ». Ayant des origines belges, je ne peux que savourer ce titre décalé. Une anecdote à ce sujet : la pub de l'album à la radio dit en gros « écoutez le premier album d'Angèle ». Nulle mention du titre, étonnant non ? Comme s'il y avait quelque chose qui n'allait pas, quelque chose de trop bizarre, de trop ridicule, de trop... Belge.

Et c'est ça la « Angèle touch » : un ton décalé, drôle, ironique, plein d'auto-dérision, mais aussi beaucoup de fraicheur, d'inventivité. Dans ses textes, il y a souvent une petite phrase, une expression, qui rend la chanson amusante et unique à la fois. Alors certes, ce n'est pas du Desproges, mais elle n'hésite pas à se jouer des codes ultra-narcissiques de la jeunesse d'aujourd'hui : elle n'est pas dupe. Si elle maîtrise Instagram à la perfection, elle en connaît la face obscure. Et elle prend plaisir à détourner les codes des médias et de la célébrité, dans un jeu de mise en abyme plus intelligent qu'il n'y paraît.

Beaucoup a déjà été écrit sur son père chanteur, sa mère comédienne et son frère Roméo Elvis, connu dans le milieu du rap. Mais le style d'Angèle est différent, d'ailleurs si son frère a 560 000 abonnés sur Instagram, Angèle en a déjà 534 000, preuve qu'elle le dépassera certainement bientôt en notoriété et qu'elle a su trouver son propre public. Et puis la notoriété de ses parents est toute relative.

Si sa famille a pu l'aider, je pense surtout que c'est dans la gestion de la célébrité, qu'elle prend avec un certain recul, n'hésitant pas à exprimer ses doutes voire ses craintes. Car les réseaux sociaux ce n'est plus vraiment en 2018 l'agora démocratique et citoyenne tant fantasmée à leurs débuts, ni un modèle de liberté d'expression, c'est plutôt la jungle, une jungle qui peut être ultra violente et nauséabonde, le meilleur côtoyant bien plus que le pire, quelqu'un pouvant être en quelques heures porté aux nues puis taillé en pièces.

Pour finir sur ce qui fait la spécificité d'Angèle, je reviens une dernière fois sur sa « belgitude » décomplexée. La particularité de ses chansons est qu'elle sont simples, directes, et mieux encore : sincères. Une sincérité et une simplicité typiquement « du Nord », belges notamment. Pas de pose hypée, pseudo-arty, élitiste ou torturée à la française. Raison qui fait qu'un Stromae et maintenant une Angèle mettent KO ce qu'on appelait un temps la « nouvelle chanson française » (Bénabar et consorts), qui a fini rapidement en eau de boudin. 

Car au-delà des textes, attachants, la musique d'Angèle sait faire danser. La malédiction française qui consiste à mettre le paquet dans les textes et proposer une musique rance est heureusement évitée : il y a un vrai travail sur les mélodies, souvent entraînantes sans être aussi faciles que chez un Stromae par exemple (qui est tout sauf un artiste médiocre cela dit).

Bref, Angèle n'en est qu'à ses débuts, tout n'est pas parfait ni inoubliable, mais elle a du talent à revendre, et c'est le principal. Maintenant, il va s'agir pour elle de durer, rien n'est plus difficile dans le milieu artistique et notamment celui de l'industrie musicale. Une mode en chasse une autre... Et c'est la plus grande crainte d'Angèle : ne pas être la curiosité d'un moment. C'est là le challenge des artistes qui commencent fort : comment égaler des débuts qui déchaînent les foules ? Une chose est sûre, ça ne va pas être facile pour Angèle, d'autant qu'il n'est pas certain qu'elle continue dans cette voie. La dernière chanson de son album, « Flou », évoque le sujet : « la suite, on verra ».

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