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dimanche 26 juillet 2026

« L’Odyssée » (The Odyssey) de Christopher Nolan (2026)


« L'Odyssée » de Nolan génère un flot de discussions insensé sur internet et dans mon entourage. Et c'est certainement le signe de l'intérêt de ce film, quoi qu’on en dise. Il est vrai que Christopher Nolan s'attaque à rien moins qu'une des plus grandes et des plus anciennes œuvres de la culture occidentale et même mondiale : la fresque éponyme contée par Homère. Que vaut la version / vision de Nolan ?

Eh bien, il y a à boire et à manger. Il y a notamment plein de choses qui ne vont pas, des clichés, des choses pompières, boursouflées et kitchissimes, des plantages magistraux, quelques erreurs de casting, notamment Matt Damon dans son propre rôle en Ulysse (j'ai eu du mal pendant quasiment tout le film...), une musique souvent envahissante et qui surligne l'émotion pour bien nous faire comprendre à quel moment il faut s'émouvoir… Une mise en scène assez plate et peu inspirée, sauf à quelques rares et excellents moments (ça valait bien la peine de faire tout ce raffut sur le format IMAX 70 mm...). Et puis le montage n’est franchement pas terrible, les coupes, les enchaînements de scènes et les flash-back/forward étant souvent maladroits, avec un rythme pas toujours maîtrisé.

Et à côté de ça, il y a des idées et des intuitions brillantes, géniales même :

- Adapter ce récit en vaste complainte anti-impérialiste qui constate la chute et l'auto-destruction de l'empire états-unien après qu'il ait détruit une bonne partie du monde. Mais aussi faire de ce long métrage une méditation pacifiste et anti-guerre intemporelle et universelle. « L’Odyssée » de Nolan est un film profondément nostalgique et mélancolique, une grande tristesse le parcourt de bout en bout. Et j’avoue que j’ai trouvé ça très beau et que ça m’a profondément touché et marqué.

- Un casting tout de même fort réussi (à part Matt Damon), contre toute attente : Anne Hathaway en Pénélope (pour le coup je m’y attendais, c’est une actrice que j’aime beaucoup d'une grande élégance), Tom Holland en Télémaque, touchant par sa fragilité et sa candeur, Lupita Nyong'o fascinante en Hélène de Troie (peut-être la meilleure idée du casting, n'en déplaise aux racistes : n'oublions pas qu'Hélène est fille de Zeus [sic] et née dans un œuf [re-sic], c'est donc avant tout un personnage mythologique et imaginaire), Zendaya en Athéna, qui personnifie le remord, la culpabilité et la tristesse, Robert Pattinson en Antinoos, plus fourbe que jamais, l'androgyne Elliot Page émouvant en Sinon, Travis Scott en aède plein de panache, et bien sûr Benny Safdie en Agamemnon, déjà ultra culte, géant aux pieds d'argile et à l'aura folle. Allez, il y a quand même Charlize Theron, échappée d'une pub Dior avec son visage imperturbable et sa démarche chaloupée, qui est une des rares erreurs du casting (ou du moins mal filmée / mal dirigée), même si pas autant que Matt Damon.

- Il y a un certain nombre de scènes incroyables, qui vont marquer les esprits pour des années, établissant un nouveau standard dans l'adaptation de l'Odyssée : le Cheval de Troie échoué sur la plage, la séquence de Circé, beaucoup plus terrifiante que celle du Cyclope à mon sens, la séquence avec les Morts, et puis toutes les scènes avec Agamemnon, notamment la (vraie) scène de l'attaque de Troie, qui m'a retourné la tête et l'estomac, ou encore la scène du retour d'Ulysse à Ithaque (et j'en oublie certainement).

- Même si le montage est plutôt raté, la durée du film et la sensation qu’elle procure sont totalement justifiées. L'accumulation de mésaventures pour Ulysse et ses compagnons finit par accroître notre empathie envers les personnages. On éprouve le temps qui passe, on sent la difficulté de ces épreuves qui s’enchaînent. Et dans le dernier tiers du film, je n'ai pas pu m'empêcher de laisser couler les larmes, et à plusieurs reprises. C'est très rare, en ce qui me concerne, pour un film de Nolan (seul « Interstellar » m'a ému à ce point, et même davantage, car ça reste pour le coup un très grand film, voire plus).

- La musique de Ludwig Göransson a beau être parfois hyper envahissante, pompière et peu subtile, elle est parfois réussie lorsqu'elle emploie des instruments anciens sans vouloir en faire trop, conférant au long métrage des sonorités étranges et mystérieuses. Et puis ce thème principal à la flûte, complètement déchirant, me restera en mémoire encore bien longtemps...

En fait, ce qui est rageant, c'est que Nolan n’est pas passé loin du chef-d’œuvre. Il y a tellement de belles choses dans ce film, et une telle puissance, qu'il a en tout cas réalisé une œuvre qui restera. C’est désormais un jalon dans les adaptations de l'Odyssée, tous arts confondus. Hélas, il y a quelques éléments rédhibitoires, notamment un manque général de subtilité et des effets parfois trop appuyés.

Et puis la question tant discutée des conditions de visionnage est un peu une arnaque et de la poudre aux yeux. Le souci maniaque de Nolan de tourner en IMAX 70 mm (perso je l'ai vu en 70 mm non IMAX, au Max Linder) masque mal une mise en scène souvent peu inspirée... mais parcourue de quelques éclairs de génie, qui fort heureusement font pencher le film du côté de la réussite (à mon sens en tout cas, je comprends les personnes échaudées par les nombreux défauts du film).

Pour ma part, je ne m'y attendais pas, mais je me suis pris une semi claque, et ce sera sans doute un des films de 2026 qui m'auront le plus marqués. Et je compte bien le revoir, cette fois en IMAX numérique probablement, pour voir ce que ça donne, et pour revivre cette épopée bouleversante. Pour ce qui est de le voir en IMAX 70 mm, je ne suis pas fan de Nolan à ce point (je ne le suis pas du tout d'ailleurs), et je ne compte pas aller à l'autre bout de la France ou à l’étranger pour voir le film dans ces conditions...

En tout cas, je ne peux que vous inviter à aller voir ce film et à vous faire votre propre avis. C'est un long métrage qui divise, mais qui peut positivement surprendre. Pour ma part, je ne m'en suis toujours pas vraiment remis...

[3/4]

lundi 6 avril 2015

« Interstellar » de Christopher Nolan (2014)

    J'ai relevé quatre qualités à ce long métrage. Tout d'abord il rend hommage aux pionniers en tous genres, qu'ils soient astronautes ou simplement navigateurs du XVème siècle (ou encore pionniers du Far West). « Interstellar » est l'histoire d'un équipage humain perdu dans l'espace, espérant fonder une colonie pour y emmener des hommes et des femmes qui ne peuvent plus rien tirer d'une Terre dévastée par un environnement hostile. Et Nolan arrive à nous faire ressentir cette crainte mêlée d'espoir de ces aventuriers au courage hors norme. On suit l'intrigue sans jamais ressentir d'ennui, et l'on se dit que l'on pourrait être aussi bien dans une caravelle de Christophe Colomb que dans un vaisseau spatial tant ce genre de situations confine à l'universel, un universel de temps et de lieu. Bravo donc. Ensuite, second point positif, en nous faisant quitter la Terre, Nolan ne nous la fait que mieux aimer. Cela dit je ne sais pas si c'était voulu. Mais c'est un fait, quand le long métrage s'achève, on se dit qu'on est bien, et même très bien sur notre bonne vieille planète, si belle et si riche, si fragile aussi. Puis, troisième qualité que j'ai décelée : une certaine émotion que je ne pensais jamais pouvoir trouver dans un film de Nolan. Matthew McConaughey n'est pas trop mal même si pas toujours crédible malgré son expressivité parfois un peu excessive. Et il parvient tout de même à nous transmettre quelques sentiments touchants, notamment au début et à la fin de son aventure, aidé en cela par plusieurs acteurs de seconds rôles plutôt convaincants. Enfin, la musique. Hans Zimmer s'est vraiment dépassé, pour créer quelque chose d'original et de prenant. Elle donne vraiment une autre dimension, une profondeur à l’œuvre de Nolan.

    Maintenant que j'ai passé en revue les qualités de ce long métrage, passons aux défauts, qui sans être trop pesants, sont bien réels. Tout d'abord, difficile de faire un long métrage sur l'espace après « 2001 : L'Odyssée de l'espace », surtout quand on prétend marcher sur ses plates bandes ésotérico-philosophiques, et ce en dépit des défauts eux aussi bien réels du film de Kubrick. Nolan ne tombe pas dans l'écueil des effets spéciaux en toc (je pense à la séquence d'introduction kitchissime et pompeuse dans le Kubrick) : un point pour lui. Par contre il recrée quelque peu la même atmosphère oppressante dans l'espace, sauf que chez lui les robots sont gentils (à noter quelques clins d’œils à l'humour ravageur). Et la valse des vaisseaux spatiaux reprend celle de « 2001 ». Un point pour Kubrick donc. La musique de Zimmer a beau être réussie, elle ressemble étrangement à la célèbre musique viennoise de « 2001 » par moments... Et difficile d'éclipser l'originale. Un point pour Kubrick. Heureusement les émotions que l'on éprouve face à « Interstellar » dépassent de loin l'inhumanité qui règne dans « 2001 ». Un point pour Nolan. On se retrouve ainsi à deux partout. Là où je veux en venir, c'est que « Interstellar » ne dépasse pas « 2001 », et ne peut donc pas prétendre au titre de chef-d’œuvre absolu de la science fiction (d'autant que « 2001 » ne mérite pas le nom de chef-d’œuvre à mon sens, bien que ce soit indéniablement un film marquant). Ce qui me gène aussi dans le long métrage de Nolan, c'est son scénario tellement bien huilé que les personnages restent en deux dimensions. Nolan humaniste ? Rien n'est moins vrai. N'est pas John Ford ou Frank Capra qui veut. Non, Nolan est un entertainer de grand talent, tout comme un Cameron ou un Ridley Scott, mais ça s'arrête là. Ses personnages n'ont aucune épaisseur, ils servent le scénario alors que chez les « grands », le scénario, avec toute sa profondeur, sert les personnages. Et puis ce côté chien savant, petit génie du scénario en poupée russe m'agace. Lorsque j'avais critiqué « Inception », j'avais déjà cité Will Self qui disait à son propos : « Un film qui, loin d'être intelligent, n'est que l'idée que se fait un imbécile d'un film intelligent ». Je n'irai pas jusque là avec « Interstellar », qui pose avec un certain aplomb (et un certain succès) la question du futur de l'humanité sur Terre. Il n'empêche que le goût de Nolan pour les intrigues excessivement tordues est exaspérant. Et finalement, on ne retrouve pas dans ce film le souffle des grands chefs-d’œuvres du Septième art. Quand « Interstellar » s'achève, on reste avec un certain goût amer dans la bouche, et pas avec l'enthousiasme que nous transmettent les grands films dignes de ce nom.

Conclusion : sans être un grand film, « Interstellar » est un bon long métrage de science-fiction. Une réussite donc, et là encore je ne pensais pas pouvoir dire un jour cela d'un film de Christopher Nolan. Mais ça reste une œuvre de science fiction qui ne transcende pas le genre, à l'inverse du Tarkovski de « Stalker » et de « Solaris ». En effet, chez Tarkoski, la science-fiction est un moyen et pas une fin, contrairement à Nolan. Un moyen pour dire toute la beauté et la richesse de la vie humaine. Une richesse que l'on ne retrouve pas chez Nolan. Il ne reste plus qu'à lui offrir un exemplaire de chacun de ces chefs-d’œuvre, pas seulement de la science fiction, mais aussi du cinéma, voire de l'art du XXème siècle.

[2/4]