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lundi 19 octobre 2026

« Instinct » d’Angèle (2026)


Triste ce qu'est devenue Angèle. Rien qu'en l’observant dans les médias et sur les réseaux sociaux on ne la reconnaît plus, le regard presque hagard, comme si sa carrière et sa vie lui échappaient... En mode pilotage automatique. Certes elle remplit des stades, elle est devenue une superstar, en France et à l’étranger, ce qui n’est clairement pas donné à tous les artistes musicaux francophones. Mais tout ça pour quoi ? Où est passée la chanteuse rigolote de « Brol », avec des chansons douces-amères, tantôt poétiques tantôt engagées et ironiques, à la fois maladroites mais attachantes, tout comme elle et sa belgitude ? Réécouter la première chanson de « Brol », La Thune, est assez cruel pour elle, quand on fait attention aux paroles et quand on compare l’Angèle des débuts à celle d’aujourd’hui… Et puis c’était un album avec pas mal de pépites, presque tout y était réussi, y compris les clips inventifs, drôles et décalés.

Alors je sais bien qu'on n'a pas à porter ses origines en bandoulière. Mais que reste-t-il de belge dans sa musique ? Rien, nada. Elle rejoint la liste de ces chanteuses de pop complètement formatée et insipide sans aucun intérêt... Dua Lupa est l’une de ses références avouées… Soit une énième diva pop sans personnalité artistique. C’est bien d’avoir une belle voix et des producteurs à la mode, mais pardon, la musique c’est beaucoup plus que ça. Et puis fallait-il aussi pour plaire au monde anglo-saxon chanter dans un français en mode yaourt, complètement incompréhensible ? Qu'elle chante uniquement en anglais, uniquement en français ou dans les deux langues, aucun souci, ce sont des choix tout à fait légitimes et indiscutables. Mais c'est quoi ce pseudo français inintelligible ? Et puis d'ailleurs c'est quoi ces paroles moches et complètement inintéressantes ?

Je savais qu'il allait être compliqué pour elle de garder l'originalité et la spontanéité de ses débuts. Dès son second album, « Nonante-Cinq », elle s'est perdue dans une pop mercantile et sans saveur... Et là avec « Instinct », elle atteint un point de non-retour... Finalement, c’est dans ses chansons plus simples et plus personnelles qu’on perçoit encore un fragile semblant d’âme et de pertinence, comme pour On verra, ou Je sais, dédiée à son père, lui aussi musicien et chanteur. 

Pour le reste, « Instinct » est un énième album de « musique urbaine », une sorte de fourre-tout de sonorités à la mode, déjà vue mille fois. Avec bien sûr une floppée de featurings, pour mieux masquer l’absence d’inspiration. Et là encore on déchante. Convoquer Soulwax, SebastiAn ou même la star indie US Caroline Polachek pour un tel résultat, c’est franchement décevant. Seul le titre What You Want avec Justice est passable. Mais il est lui aussi gâché par des paroles stupides. Car autre nouveau centre d’intérêt d’Angèle, son goût pour une sorte d’érotisme chic ringard, juste bon à émoustiller les adolescentes, sans rien dire d’intéressant… Pour tout dire, l’album est d’un goût douteux, à l’image de cette pochette assez laide…

Non vraiment, il n’y a plus grand-chose à sauver dans ce nouvel essai d’Angèle. J’ai appris qu’elle habitait maintenant à New York. Comme si c’était une fin en soi… Grand bien lui fasse. Tant qu’à évoquer un artiste belge (belgo-égyptien pour être précis) habitant lui aussi à New York et du même âge, je préfère évoquer le talentueux Tamino. Un extraordinaire chanteur, musicien et songwriter. Plongez-vous dans ses premier et troisième albums, respectivement intitulés « Amir » et « Every Dawn's a Mountain ». Voilà de la vraie musique et de la vraie poésie. Sinon je m’en vais réécouter « Brol » m’feye.

[1/4] 

vendredi 29 mai 2026

« Histoires parallèles » d’Asgar Farhadi (2026)


J'attendais avec beaucoup d'appréhension le nouveau film d'Asgar Farhadi, « Histoires parallèles ». Je n'ai pas vu ses deux films tournés à l'étranger, « Le Passé » et « Everybody Knows », mais je sais qu'ils ont été jugés décevants. Pourtant, l'intrigue d'Histoires parallèles et sa bande annonce mystérieuse éveillaient ma curiosité et mes espoirs. 

Hélas, une fois devant le film, je me suis très vite rendu compte que j'assistais à un naufrage. Le scénario et ses histoires entremêlées est très lourdement écrit, sans subtilité et sans surprise. Ça ressemble grandement à du sous-Hitchcock (« Fenêtre sur cour ») ou à du sous-De Palma (« Body Double » par exemple) tout en se voulant un hommage à Kieslowski. On a déjà vu mille fois ce genre de récits de gens qui s'épient par la fenêtre, non ?!

De même, les personnages sont très mal écrits. Ils sont caricaturaux, pas crédibles, et les dialogues sont d'une indigence rare : très courts, pas du tout naturels et complètement plats. Or c'est un comble : recourir à un casting aussi prestigieux, rassemblant une demi-douzaine des plus grandes stars françaises féminines et masculines des 60 dernières années, pour leur faire jouer des rôles complètement insipides avec des répliques de trois mots... Ça n'a aucun sens...

Manifestement, Farhadi s'est fait plaisir, il a bénéficié d'un gros budget pour solliciter ce casting de luxe, mais il n'en fait rien. Pire, c'est très gênant tant les personnages sont rebutants voire détestables, qu'il s'agisse des rôles d'Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Vincent Cassel, Pierre Niney ou Adam Bessa. Sans parler d'India Hair qui joue excessivement mal. Seule Virginie Efira s'en sort à peu près, avec un rôle mieux écrit, mais qui reste bancal, en femme fatale de pacotille... 

Et comme si cela ne suffisait pas, la mise en scène de Farhadi est d'une mollesse et d'une fadeur déplorables... Quand on veut rendre hommage ou imiter des cinéastes tels que Kieslowski ou Hitchcock, ou jouant sur le registre du trouble, la moindre des choses est de mettre en œuvre une réalisation qui donne le vertige. Or là, visuellement, le film est purement scolaire et fonctionnel. Même la photographie est ratée, à la fois sombre et terne, sans aucune recherche esthétique et sans aucun plan mémorable. 

Il faut le voir pour le croire... Ce film, qui était l'un de ceux que j'attendais le plus parmi les longs métrages en compétition officielle à Cannes cette année, est un plantage magistral, du début à la fin. Tout est raté et rien ne fonctionne. Seules les esquisses des intentions du cinéaste, avec quelques ébauches d'idées ici et là, l'empêchent de prétendre être un navet monumental (et encore). Il s'agit juste d'un film sans aucun intérêt, aussitôt vu aussitôt oublié, qui plus est désagréable à regarder. C'est triste, venant d'un grand cinéaste comme Asghar Farhadi...

[1/4]

lundi 11 novembre 2024

« Gladiator II » de Ridley Scott (2024)



Dire que « Gladiator II » de Ridley Scott était attendu (au tournant) est un euphémisme. « Gladiator » est un film culte, particulièrement réussi. On peut ne pas l’aimer, mais force est de constater qu’il a marqué l’histoire du cinéma. L’annonce d’une suite a laissé beaucoup de monde perplexe. Pourquoi ? Si ce n’est pour l’argent ? « Gladiator » est un long métrage qui se suffit à lui-même, et qui a une fin n’ouvrant guère à une suite… Il faut dire aussi, en lisant la page Wikipédia de cette suite, qu’on a échappé à des scénarios complètement délirants, c’est dire à quel point Ridley Scott est capable du pire…

Alors que vaut ce « Gladiator II » ? Le point positif, c’est que ce n’est pas la catastrophe que beaucoup – et moi en premier – anticipaient. C’est un divertissement passable, qui au moins respecte le film d’origine. Le point négatif, c’est qu’à aucun moment cette suite ne se justifie… On sent bien que Ridley l’a avant tout réalisée pour l’argent, tellement ce film est poussif et jamais passionné…

Par où commencer ? Peut-être par le marketing démesuré qui a entouré la sortie de ce film. Et tout d’abord le choix de ce titre. L’avez-vous remarqué ? Il ne s’écrit pas « Gladiator 2 », mais « Gladiator II », en chiffres romains. Waouh, quelle subtilité non ? Car étant donné qu’il n’a pas de sous-titre, contrairement à beaucoup de suites (au moins pour donner le change et masquer l’aspect bassement commercial), ici il fallait bien tenter de faire croire que ce deuxième opus avait été un minimum pensé… On voit le ridicule de la chose…

Passons maintenant aux caractéristiques intrinsèques de ce long métrage. Tout d’abord, la réalisation de Ridley Scott est indigente, (très) loin de ses grandes œuvres. Pour comparer avec un autre de ses péplums plus ou moins récents, « Exodus », bien qu’il soit un film à moitié raté, était bien plus stimulant, car au moins il tentait des choses. Ici, Ridley illustre platement le récit, sans aucune inspiration. Je ne pourrais retenir aucune scène pour la beauté ou la puissance de sa réalisation… Il faut dire que les effets spéciaux disgracieux et fauchés n’aident pas. La photographie est moins laide que dans « Napoléon », mais les effets numériques y sont tout aussi ratés. Ce qui est gênant quand Scott mise beaucoup dessus, notamment pour la bataille inaugurale… Là encore, on est loin de « Gladiator » premier du nom, où les effets spéciaux étaient harmonieusement intégrés à l’image.

Le problème principal de « Gladiator II », c’est le scénario indigent de David Scarpa… déjà scénariste de « Napoléon » (on ne change pas une équipe qui gagne…), qui était un monument de médiocrité. Comme chez Disney avec les Star Wars and co., ce « Gladiator II » est à la fois une suite et un remake/reboot du premier opus. Il commençait par une impressionnante bataille, ici aussi. C’était le récit de l’ascension d’un dignitaire romain qui se faisait gladiateur, ici aussi. Le pouvoir était détenu par un empereur fou, ici aussi. Sauf que dans ce deuxième opus, tous les curseurs sont poussés au maximum. Dans « Gladiator », la bataille de début, vraiment marquante, était à terre… Ici on la filme sur l’eau, dans une débauche d’effets spéciaux (ratés). Dans le premier opus, les combats dans les arènes étaient épiques… Là ils sont encore plus sanglants et plus gores, à la limite du ridicule (le babouin enragé numérique, les requins à la place des tigres du premier volet…). On avait le droit à un empereur complètement taré avec Commode… Ici on en a deux pour le prix d’un : Caracalla et son frère Geta. Et tout est à l’avenant…

Mais tout ceci serait anecdotique si le récit et l’écriture des personnages n’étaient pas aussi mauvais. Comme dans « Napoléon », les événements s’enchaînent sans temps mort, sans avoir le temps de créer une ambiance, avec ces revirements incompréhensibles, et ces intrigues filmées comme dans des soap operas. Toutes les péripéties sont téléphonées. L’exemple parfait c’est ce héros, Lucius, joué par Paul Mescal. Pendant une bonne partie du film, il est complètement fou de rage contre certains personnages, et tout à coup, en un claquement de doigts, il change de comportement. De manière générale, on a du mal à éprouver de la sympathie pour ce personnage pourtant principal. C’est le même problème qu’avec « Kingdom of Heaven » en son temps, où Orlando Bloom avait été une erreur de casting ou mal dirigé (sans doute les deux), ce qui pose problème quand ils sont censés porter le film sur leurs épaules. Même chose ici.

Paul Mescal passe son temps à avoir le regard dans le vide, comme perdu dans ses pensées. Il n’est jamais présent face aux autres acteurs, et jamais présent dans le temps de la scène. On sent juste un acteur qui joue le personnage habité et torturé… Mais qui n’incarne jamais vraiment son personnage. Il faut dire qu’il est très mal écrit : sa trajectoire, de la noblesse impériale, à une enfance passée à l’étranger, avant de devenir gladiateur, est difficilement crédible… Lucius n’a jamais non plus l’humanité de Maximus. Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’il y ait autant de références au héros du premier opus dans ce film, pour en vampiriser les qualités (et faire tourner le fan service à plein régime). Maximus avait une véritable aura. Qui se souviendra de Lucius/Mescal dans quelques années ? L’acteur irlandais n’a ni la prestance ni la bienveillance de Russell Crowe. Lucius est ici un homme plein de rage, qui ne pense qu’à tuer…

Les autres personnages de ce deuxième opus sont pour la plupart très schématiques. Acacius, joué par Pedro Pascal, est pourtant une bonne idée. Ce nouveau personnage est relativement ambivalent et attire bien assez vite notre sympathie. Dommage qu’il n’ait que quelques scènes, vite expédiées. Mais en quelques moments-clés, il marque le film de sa présence. Connie Nielsen bénéficie aussi d’un rôle important, mais là encore, elle a trop peu de temps à l’écran pour convaincre. Le long métrage est avant tout un festival pour Denzel Washington, qui hérite d’un rôle plutôt complexe et s’en donne à cœur joie. C’est le seul, avec Pedro Pascal, à avoir un minimum de charisme. Il est à la limite du cabotinage, mais son talent lui permet de rester jusqu’au bout un personnage énigmatique, sans qu’on sache s’il penche plutôt du côté du bien ou du mal. Denzel (surtout) et Pedro Pascal volent complètement la vedette à Paul Mescal, que j’ai trouvé éteint. On sait que Ridley Scott n’est pas un bon directeur d’acteurs, souvent laissés en roue libre, surtout ces dernières années : on en a encore une fois la preuve ici.

Malgré tout, il y a quelques pistes intéressantes dans le scénario, notamment quant à son aspect politique. « Kingdom of Heaven » pouvait être considéré comme un film post-11 septembre, où l’Occident n’était pas montré sous son meilleur jour, face à un Orient plus complexe que ce qu’en disaient les Républicains de Bush Junior. J’ai perçu ce « Gladiator II » (peut-être est-ce juste une sur-interprétation de ma part), comme un film post-Trump. A l’instar du « Megalopolis » de Francis Ford Coppola (quand même bien meilleur que ce film de Ridley Scott), qui décrit aussi la décadence de l’Occident, à l’instar de celle de l’Empire romain. Ici, difficile de ne pas voir en ces deux empereurs dégénérés des avatars de Trump, tout comme cette révolte populaire ressemble à la prise du Capitole. La fin de « Gladiator II » vient enfoncer le clou, avec un message de tolérance qui ne laisse pas trop de doutes quant à la sensibilité politique de Ridley Scott. On verra ce qu’en pense le public américain, qui vient de porter Trump une seconde fois au pouvoir…

Ce message politique en filigrane reste discret, mais je salue la prise de position de Scott, qui n’est pas dans l’air du temps… Cela s’ajoute à certains personnages et passages qui emmènent ce long métrage vers une épopée au souffle épique et puissant – trop rare, hélas – qui rappelle par moment cet auguste premier opus, tant célébré et tant aimé. Jamais au point de l’égaler et de soutenir la comparaison, toutefois. Ne nous faisons pas d’illusions, cette suite reste avant tout un objet marketing et commercial. Mais réveiller et rappeler, par moments, ce grand film qu’est (à mon sens) « Gladiator », ça fait quand même du bien, surtout en ces temps troublés…

[1/4]