Je savais que « Le Corset » était un très beau film, d'après ce que j'avais vu de sa bande annonce, mais je ne m'attendais pas à me prendre une telle claque. C'est tout simplement l'un des meilleurs dessins animés mondiaux des 5 dernières années, rien que ça. En raison d'immenses qualités. Tout d'abord son animation magnifique. Les images en aquarelle sont très belles, et le film regorge de séquences éblouissantes et grisantes. Louis Clichy livre un film très proche du meilleur du Studio Ghibli, oui oui.
Car en plus d'une esthétique très belle, « Le Corset » bénéficie d'une grande qualité d'écriture. Le scénario ne suit pas une trame convenue, il louvoie à l'image de notre Christophe qui penche un peu trop. On ne sait pas trop où le récit nous emmène, et on est régulièrement surpris. Et puis les personnages sont très bien écrits, à la fois crédibles et attachants. Avec notamment cette relation père-fils bouleversante car dysfonctionnelle. Je pense qu'on est beaucoup de garçons à avoir une relation filiale compliquée, avec une génération de pères « vieille école », qui plus est quand son père est agriculteur ou issu d'une famille d'agriculteurs, où le faire compte davantage que les relations humaines, et avec qui la communication est (très) difficile...
Il faut aussi saluer un humour très bien dosé, car pas envahissant ni stupide, contrairement à la majorité des films d'animation des 20 dernières années, y compris les Disney et Pixar (je mets bien sûr les Ghibli à part). Au contraire, l’humour intervient au bon moment, pour donner un peu de légèreté à un récit régulièrement touchant, tout en étant vraiment drôle.
Et je ne m'attendais pas à trouver à la fois autant de poésie dans ce film, et une place aussi importante laissée à la musique... notamment au « Requiem » de Gabriel Fauré, immense pièce musicale qui figure parmi les plus grandes œuvres d'art jamais créées. Plusieurs passages du « Requiem » parsèment le film, où l’on voit notre héros apprendre l’orgue, sous le patronage d’un vieil organiste sympathique. Au sein des extraordinaires morceaux du « Requiem » ici présents, il y a bien sûr le plus sublime d’entre tous : le Pie Jesu, merveille parmi les merveilles. Il s’agit d’ailleurs ici de la version de référence ultime, celle dirigée par Philippe Herreweghe, chantée par la soprano Agnès Mellon, à la voix d’une pureté absolue. Autant dire que le film nous fait entrer dans une autre dimension, complètement transcendante…
Si l’on ajoute à cela l’environnement où grandissent le jeune Christophe et sa famille, à savoir les plaines agricoles de la Beauce, près de Chartres et de sa majestueuse cathédrale, un environnement très particulier où les champs de céréales s’étendent à perte de vue, écrasés par un ciel gigantesque, on est vraiment dans un film à l’atmosphère unique. Louis Clichy nous offre un film d’une grande beauté, très personnel (il porte lui-même un corset et est lui aussi fils d’un agriculteur beauceron), qui nous fait passer régulièrement des rires aux larmes.
L’animation française est en crise d’un point de vue économique : ce sont des métiers précaires et harassants. Mais pour ce qui est de l’inspiration et de la qualité artistique, la France est au sommet, après de grandes réussites récentes comme « Arco » d’Ugo Bienvenu (2025) ou « Sirocco et le Royaume des courants d'air » de Benoît Chieux (2023). Puisse-t-elle continuer à perdurer et même à se développer. Car année après année, je suis de plus en plus convaincu que la seule alternative sérieuse et artistiquement réussie au génial Studio Ghibli est bel et bien l’animation française, vu combien aux Etats-Unis des mastodontes comme Pixar et Disney sont toujours plus décevants… Après tout, c’est logique que le pays qui a donné naissance au merveilleux « Le Roi et l’Oiseau » de Paul Grimault redevienne incontournable, par sa capacité à mêler œuvres d’envergure, propos intelligent et poésie pure.
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