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dimanche 4 octobre 2026

« Digger » d’Alejandro González Iñárritu (2026)


Ça y est, c’est le retour d’Alejandro González Iñárritu et de son cinéma pachydermique. Cette fois il s’attaque à une satire anti Trump. Pourquoi pas, ça ne mange pas de pain. On ne dira jamais assez combien Donald Trump est un abruti dégénéré et complètement fou, qui fait tant de mal à notre monde et aux êtres humains qui l’habitent… Le truc, c’est qu’avant lui ont officié des cinéastes talentueux, qui ont réalisé de grands ou de bons films sur ce sujet. En vrac, bien sûr « Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson (2025), à mon sens de loin le meilleur de tous, et accessoirement l’un des plus grands films de ces 15 dernières années. Mais aussi « Don’t Look Up » d’Adam McKay (2021), « Mickey 17 » de Bong Joon-ho (2025), deux excellents longs métrages je trouve, et même « Eddington » d’Ari Aster (2025), moins bon mais néanmoins intéressant, a minima avec un humour beaucoup plus cruel que chez Iñárritu. 

Or comme à son habitude, en perfide gentil tâcheron, pour son « Digger » Iñárritu pompe un peu de chacun de ces films : l’histrion trumpiste de « Mickey 17 », l’humour cringe d’« Eddington », le goût pour les grandes verrières et les animaux empaillés des suprémacistes blancs d’« Une bataille après l’autre », le péril climatique et les scientifiques non écoutés de « Don’t look up »… Mais malheureusement, avec son talent limité, de tout cela Iñárritu nous concocte une bouillie peu inspirée et peu ragoûtante…

Il faut dire qu’ils ont été 5 à plancher sur l’histoire de base puis sur le scénario, rien que ça… En résulte un script façon Frankenstein, avec des scènes qui s’enchaînent de façon décousue, des dialogues et des gags à rallonge qui se veulent drôles et corrosifs, mais qui sont le plus souvent d’une lourdeur et d’un convenu désolant… « Digger » est un peu comme un poulet sans tête, qui avance de façon erratique sans savoir où il va.

Je dois dire que malgré tout, un certain nombre de moments m’ont fait rire. Mais bien peu par rapport au total de tous les essais assez vains de nous amuser avec un humour vraiment lourdingue, et déjà vu en mieux ailleurs. A cela s’ajoute le besoin d’Iñárritu de tout expliquer et de tout surligner, au cas où les spectateurs ne seraient pas assez intelligents pour comprendre le propos de ce film simpliste et grotesque… Pour moi, le cinéaste enfonce même un certain nombre de portes ouvertes, tel Kubrick en son temps avec « Docteur Folamour », un film que je n’ai pas revu depuis une éternité, mais qui ne m’avait pas beaucoup plu en raison de son humour lui aussi très peu subtil.

Maintenant a-t-on de quoi se consoler avec le casting, et notamment notre cher Tom Cruise, dont la performance soi-disant « extraordinaire » a été annoncée à grands renforts de marketing et de publicité ? Disons qu’il fait le job, comme il l’avait fait dans « Magnolia » ou « Tonnerre sous les Tropiques », quand il jouait là aussi des personnages complètement tarés. C’est devenu routinier maintenant, tous les 10-20 ans, entre une flopée de rôles de sauveurs du monde complètement lisses et monolithiques, il se paie le luxe de jouer un anti-héros en déployant toute une communication pour louer son côté (pseudo)subversif, comme s’il devenait soudain un immense acteur. Désolé, dans « Digger » il est correct, mais loin d’être renversant.

Que dire aussi de Sandra Hüller, qui cachetonne une fois de plus dans un blockbuster semi médiocre américain (après par exemple l’immonde « Projet Dernière Chance »), pour jouer trois lignes de dialogues de façon assez caricaturale, alors que c’est une immense actrice qui mérite tellement mieux… Riz Ahmed et John Goodman sont sympathiques, mais ils en font tellement des caisses qu’ils finissent par lasser. Finalement, le seul qui tire son épingle du jeu malgré une poignée de courtes scènes, c’est Jesse Plemons, qui crève l’écran à chacune de ses apparitions, par le naturel et la subtilité de son jeu, et la force et l’ambiguïté de sa présence scénique.

En somme, « Digger » est un film qui ronronne en toussant (à la manière de ce chat rigolo), et même qui rame singulièrement, grevé par son écriture à la truelle et une direction d’acteurs en roue libre. L’aspect visuel n’est guère mieux, la photographie terne, virant sur le blanc et ultra artificielle d’Emmanuel Lubezki empêchant toute réelle immersion dans le long métrage. Les quelques éléments visuels réussis sont ceux liés à la mise en abîme, avec des effets spéciaux artisanaux et bricolés (en partie, car il y a hélas énormément d’effets spéciaux sur fond vert dans ce film), qui ajoutent de la poésie, de la fragilité et de l’humanité à ce long métrage et ces personnages repoussants.

Au sortir de « Digger », on a donc envie de se demander « tout ça pour ça ? »… C’est en effet un film vraiment laborieux. Mais bon, disons qu’il ajoute sa pierre, ou plutôt son petit caillou à l’édifice visant à dénoncer les exactions de Donald Trump, c’est toujours ça de pris. Dommage qu’il en résulte ce gâchis d’argent et de talents. Voilà un brouet peu digeste, qui reste sur l’estomac, qu’on n’a pas envie de revoir de sitôt, et dont il ne reste pas grand-chose une fois le film fini. La communication démesurée autour de ce long métrage a fait pschitt… Alejandro González Iñárritu, ou encore une baudruche qui n’a pas fini de se dégonfler…

[2/4]

mardi 23 mai 2017

« The Revenant » de Alejandro González Iñárritu (2016)

    Deuxième long métrage d'Iñárritu que je regarde après « Babel ». La mise en scène est bien plus ambitieuse mais on retrouve certains défauts criants, j'y reviendrai. On a beaucoup parlé de ce film, depuis ses conditions de tournage jusqu'au rendu final, en faisant un énième soi-disant chef-d’œuvre... Quand on se penche un peu plus sur la question, on ne peut nier certaines qualité à ce long métrage : une esthétique soignée, des vues superbes des grands espaces américains, des acteurs de qualité, une histoire simpliste mais qui fonctionne plutôt bien et nous tient en haleine malgré la longueur du film. Si l'on s'en tenait à ce qui s'est fait ces dix dernières années, « The Revenant » pourrait presque paraître pour un grand, sinon un bon film. Maintenant si on le compare ne serait-ce qu'aux westerns de l'âge d'or d'Hollywood, genre auquel se rapproche le présent long métrage, on ne peut qu'être beaucoup plus circonspect. Car si on gratte un peu, sous le vernis de « film à Oscars » se cache en fait un banal rape and revange... L'esthétique tout d'abord, tient plus du jeu vidéo que du cinématographe. C'est flagrant dans les scènes de batailles tournées à 360 degrés : l'immersion est totale, il est vrai, mais ça en devient la fin, le but ultime, si bien que ça tourne rapidement à la bouillie visuelle sanglante. Sang qui fascine tout particulièrement Iñárritu puisque par deux fois il nous offre un plan d'au moins 5 secondes sur une mare de sang ou les boyaux d'une bête éviscérée, comme s'ils étaient dotés d'un quelconque beauté... De plus, les mouvements de grues et autres effets de focales utilisés rendent la caméra particulièrement présente, comme si Iñárritu voulait crier au monde entier le génie qu'il était... Le film est plus au service de son esthétique et de son égo que l'inverse. On est loin d'un « Rio Bravo » par exemple. Tient, puisque que j'évoque ce véritable chef-d’œuvre (pour le coup), parlons de ce qui tient lieu de scénario à « The Revenant ». Un homme se montre particulièrement odieux et sadique envers le héros, Hugh Glass, le laissant pour mort. Ce dernier survit et veut se venger. Point barre. Ça s'arrête là, voilà tout l'intérêt scénaristique du film. Il y a bien la relation vraiment touchante entre Glass et son fils, voire sa femme, mais c'est tellement utilisé à des fins racoleuses qu'Iñárritu passe à côté. Louvoyant entre pessimisme profond et vide total (la vengeance ne suffit pas à réparer ce qui a été fait, laissant le vengeur plus vide encore intérieurement ? Tiens tiens, on ne s'en doutait pas...), on est à des années lumières de l'humanisme ou simplement de la profondeur du film de Hawks ou d'un quelconque film de John Ford. Qui plus est, Iñárritu garde de « Babel » son goût pour le racolage cinématographique, la prise en otage du spectateur avec ses bons sentiments factices et ses grosses ficelles. Non, vous ne ressortirez pas grandis du visionnage de « The Revenant ». Alors y a-t-il toutefois un quelconque message à retenir du scénario ? Une quelconque analyse historique ? Même pas : le film n'arrive pas à la cheville d'un « There Will Be Blood », qui malgré sa démesure était un vrai brûlot contre l'Amérique puritaine et capitaliste. Là rien, nada, le néant... Finissons sur les acteurs : oui DiCaprio voulait et méritait son Oscar. Mais tout comme à Cannes, s'il faut se baver dessus et jouer dans des conditions extrêmes pour avoir une statuette, où va le cinéma je vous le demande ? James Stewart ou Toshiro Mifune avaient-ils besoin de tels excès pour laisser transparaître leur talent ? Mille fois non. CQFD. En bref, « The Revenant » n'est qu'un film de genre purement visuel, assez mégalomaniaque, avec quelques qualités mais franchement pas de quoi crier au chef-d’œuvre, loin de là...

[2/4]