mardi 1 octobre 2013

« Michael Kohlhaas » d'Arnaud des Pallières (2013)

    Le film d'Arnaud des Pallières repose sur deux bonnes idées : Mads Mikkelsen, et transposer l'intrigue du roman original dans les Cévennes. Ça s'arrête là. Le reste n'est que médiocrité. Médiocrité des acteurs, médiocrité du scénario, médiocrité des dialogues, médiocrité de la réalisation, malgré une vague tentative esthétisante et une photographie assez réussie. Oui, il faut bien le talent de l'acteur danois pour donner corps à son rôle étriqué (du point de vue de l'écriture : le mari éploré en quête de vengeance), et nous faire oublier qu'il baragouine le français, malgré tous ses efforts et des tirades réduites au possible. Le problème de ce long métrage est qu'il n'a ni rythme ni souffle. Rien. Il consiste en un enchaînement de scènes mal jouées et peu crédibles. Quant à l'histoire... Pour mieux signifier l'amour qui unit Kohlhaas à sa femme, le réalisateur ne trouve rien de mieux que de les filmer dans une partie de jambe en l'air mouvementée (et ultra détaillée, s'il vous plaît), devant leur fille... Elégant. Mais nulle émotion ne transparaît, et comble du comble, après la mort de l'épouse du héros, on ne ressent plus sa présence en filigrane, et on se demande pourquoi Michael se bat... Voilà qui donne le ton du long métrage : un long métrage où le cinéma se résume à l'image, dans toute sa superficialité. On filme l'amour par la façon la plus superficielle qui soit. On montre des acteurs au visage buriné pour faire authentique, sous des tonnes de crasse pour bien faire moyenâgeux. On filme le sang. On filme des gens qui prennent littéralement les armes (très intéressant de filmer des gens qui ramassent des armes, les rassemblent, s'en vêtissent, dans un joli cliquetis...). Mais aucune âme, dans tous les sens du terme. Ce film ne vit pas. Il enchaîne les plans, et de beaux paysages, certes. Que reste-t-il alors ? Mads bien sûr. « Michael Kohlhaas » se résume en fait à son interprète principal. Handicapé par la langue, il a suffisamment de présence pour porter le long métrage à bout de bras. Mais hormis voir Mads Mikkelsen faire du cheval, pleurer et se venger, le « Michael Kohlhaas » d'Arnaud des Pallières a-t-il un quelconque intérêt, le long de ses 2 heures ? Non, j'en ai bien peur. Arnaud des Pallières n'a ni l'intelligence ni le cœur d'un John Ford ou d'un Akira Kurosawa. Et c'est bien des artistes de cette trempe qu'il manque aujourd'hui au cinéma français, et mondial.

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