mardi 29 mars 2011

« L'Etrange affaire Angélica » (O estranho caso de Angélica) de Manoel de Oliveira (2011)

    Très mauvais! Manifestement Manoel de Oliveira n'a pas le talent qu'on lui prête... Et dire que certains se répandent en louanges quant à son âge : bon sang, parle-t-on de ses films ou de la révérence que l'on peut porter à tout centenaire qui se respecte? Car c'est bien à du cinéma de vieux que l'on a affaire, dans le sens où tout n'est qu'artifice, naphtaline, amour du terroir et poses compassées, reconstitution laborieuse d'une ambiance qui se veut mystérieuse et onirique (soit un mélange disgracieux entre les effets spéciaux de « L'Atalante » copiés – pardon cités – de façon bien malvenue et une sorte d'atmosphère de sous-Polanski. Au passage, inutile de préciser que Poe ou Maupassant sont plus convoqués qu'égalés). Nulle trace – ou si peu – de la vie que l'on est en droit d'attendre de toute oeuvre d'art digne de ce nom... Certes le début laisse augurer de belles choses, mais rapidement l'on en vient à déceler la fausseté du geste d'Oliveira. Est-ce la musique d'introduction, plutôt jolie, mais aussi insignifiante que le long métrage qu'elle accompagne qui a éveillé mes soupçons? Sont-ce ces bêcheurs de pacotille qui ne savent même pas tenir leur outil? Peut-être est-ce la photographie léchée à outrance de ces scènes où la jeune fille sourit malicieusement à notre gentil héros? Peut-être sont-ce les chants horriblement faux desdits bêcheurs? Ou peut-être encore tous ces acteurs qui surjouent des rôles affreusement creux? Sans compter que l'emploi qu'Oliveira fait du numérique est parfois d'une laideur à faire palir Jean-Pierre Jeunet! Soyons clair : ce film aurait été réalisé par n'importe quel apprenti cinéaste de 25 ans, on n'en aurait certainement jamais entendu parler – et on lui aurait certainement pardonné. Mais à 102 ans, est-ce là tout ce que Manoel de Oliveira a à nous raconter? Si l'on n'avait pas compris, fort heureusement il se plaît à nous le confier, et même à nous le répéter par la bouche du personnage principal : c'est « photographier le travail à l'ancienne » qui l'intéresse. Il n'a pas failli à son ambition : son « Etrange affaire Angélica » n'est qu'un cliché, guère plus.

[1/4]

1 commentaire:

  1. Je viens de découvrir ce film, et, malgré le fait que après ce premier visionnage, c'est pour moi un film assez insignifiant, je serai peut-être moins sévère. En tout cas il ne faut pas préjuger du "talent" de Oliveira sur ce film uniquement. Je connais très mal ce cinéaste dont je dois découvrir la filmographie, mais le précédent film que j'avais vu de lui, "Val Abraham", était un grand film...

    Pour "L'étrange affaire Angélica", je reconnais tout de même quelques éléments intéressants: l'utilisation de l'espace et de la profondeur de champ (notamment dans la chambre du photographe), la confusion temporelle du film qui créé un univers particulier (mélange discret de présent et de passé) et la thématique globale du film qui, mieux traitée, aurait pu donner naissance à un film intéressant.

    C'est un pur hasard, mais il est intéressant que j'ai découvert ce film après "La frontière de l'aube" de Garrel tant ces deux films sont animés des mêmes intentions, se réfèrent aux mêmes influences et procèdent de la même démarche. Des films jumeaux d'une certaine façon.

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