mardi 4 septembre 2012

« Je vous salue Marie » de Jean-Luc Godard (1985)

    Dans ce patchwork d'images et de sons, seules quelques photogrammes sont beaux, quelques (très) rares interprètes ont la grâce. C'est bien peu. Le reste est vulgaire, incohérent, et surtout très laid. D'une modernité poussée au paroxysme, complètement désincarnée. Comme du sérialisme cinématographique raté, dans tous ce qu'il a de pompeux et d'inhumain. Dans tout ce qu'il a d'anti-cinématographique, par son jusqu'au-boutisme revendiqué. Ne parlons pas de toutes ces voix qui se télescopent, qui ne veulent plus rien dire, elles aussi d'une triste vulgarité. De la philosophie au rabais. Agrémentée de musique classique (Bach entre autres, rien que ça), de temps en temps poussée à fond. Des citations en veux-tu en voilà. Et Marie dans tout ça? L'Annonciation se fait sur le parking d'une station service. Marie joue au basket, elle se fout à poil (elle n'est pas la seule à se trimbaler nue on ne sais pourquoi d'ailleurs...). Joseph? Un rustre, un idiot pour tout dire. Une vraie tête à claques. L'univers de Jean-Luc Godard est peuplé de ces paumés qui fument, comme pour mieux passer leur temps alors qu'ils n'ont plus aucune étincelle de vie, et mieux se meurtir. L'art – mais peut-on encore parler d'art ? – de Jean-Luc Godard est complètement sclérosé. Il recycle de vieilles méthodes, n'a plus rien à dire, reformule des choses qu'il ne sait plus exprimer... Le néant. Ce film n'est même pas un film, il s'autodétruit sous nos yeux, il n'est même pas construit. C'est une suite d'essais, de bouts de pellicules sans aucun intérêt, avec de temps en temps une parole, un son, une image qui ressort. Et encore, je suis bien généreux. Que retenir de tout ça? Que l'on a perdu son temps, que Godard a gâché de la pellicule, qu'il ne reste plus rien de la Nouvelle Vague et que son héritage est mortifère (voir Desplechin, Honoré et tous ces réalisateurs dans une impasse). Zéro pointé.

[0/4]

4 commentaires:

  1. Décidément, nous divergeons sur Godard!... "Je vous salue Marie" est à mes yeux un bien beau film, de ceux que je mettrai dans les 10 meilleurs du cinéaste!
    Il y a une rupture dans le cinéma de Godard, que je situerai à "Sauve qui peut la vie". A partir de ce film, vont apparaître dans la filmographie du cinéaste des films qui se doteront d'une charge poétique de plus en plus affirmée ("Je vous salue Marie", "King Lear", "JLG/JLG", "For ever Mozart"... jusqu'à aboutir à ces chefs d'oeuvres que sont "Eloge de l'amour" et "Notre musique"). Il y a là, à mes yeux, le meilleur de la filmographie du cinéaste, avec des films bien plus riches, bien plus beaux que les premiers films du cinéaste souvent davantage plébiscités ("A bout de souffle", "Pierrot le fou", etc...).

    Peut-être que cela vaut le coup que tu accordes une seconde chance à ces très beaux films dans quelques années, pour confirmer ou infirmer ton opinion...

    PS: par contre, il n'y a aucun rapport entre ce Godard là et les Desplechin, Honoré, etc... Il peut y avoir une parenté entre ces cinéastes (non seulement dans une impasse, mais qui n'ont jamais rien produit de bon) et les premiers films de Godard, qu'on peut effectivement définir comme appartenant à la "Nouvelle Vague", mais il n'y a aucune descendance au Godard post années 90... Et c'est peut-être bien la raison du drame et du vide actuel du cinéma français.

    Ce que j'appellerai désormais les films "poétiques" de Godard, et qui n'ont rien à voir avec la Nouvelle Vague, n'ont à ce jour influencé visiblement aucun cinéaste. Godard reste seul à poursuivre sa grande oeuvre qui, depuis le début des années, a pris une dimension vraiment impressionnante. C'est simple, plus le temps passe, plus j'aime Godard (et notamment le Godard d'après "Sauve qui peut").

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    1. Peut-être que dans des années je changerai d'avis, mais sincèrement j'en doute... Je suis de ceux qui regrettent le Godard des débuts. « Éloge de l'amour » et « Notre musique » sont bien au-dessus d'un « Je vous salue Marie », mais pour moi ça ne vole pas bien haut tout de même : je trouve ça moyen, sans éclat, et pour tout dire sans grand intérêt. Mais pour ces deux là, exceptionnellement, je changerai peut-être d'avis. Pour tout le reste j'ai bien peur d'être totalement hermétique au Godard post-Nouvelle Vague.

      Quant à Honoré ou Desplechin, certes ils ne reprennent pas exactement la forme du cinéma de Godard, mais ils en portent l'esprit, un esprit exsangue, qui n'a plus rien à dire sinon la misère affective de gens désabusés, dans des coloris mornes et tristes, et filmés avec une crudité, un hyperréalisme qui me gêne. Pour moi Godard est un imposteur sur le plan de la pensée, la seule chose dont il sait bien parler c'est le cinéma, pour le reste...

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  2. ERRATUM:

    "... qui, depuis le début des années 2000,..."

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  3. Desplechin est un grand, un immense cinéaste.
    Ses oeuvres d'une grande portée métaphysique dépassent hélàs le public.
    Comment ne pas trouver ses films magnifiques?
    Aucun ennui ne s'y glisse, quand on compare aux impostures Kurosawa, Bresson et Tarkovski.

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