Voilà un long métrage que j'aurais vraiment voulu aimer, recommandé par un très bon ami grand cinéphile, amoureux fou de ce film (il se reconnaîtra)... Hélas, j'ai subi les 3 longues heures de « Dry Leaf »...
Alexandre Koberidze part de deux très bonnes idées : un scénario intriguant, avec cette jeune femme qui disparaît, partie photographier des stades de foot dans les villages du pays, et son père qui se lance à sa recherche à travers toute la Géorgie ; et filmer intégralement ce long métrage avec un vieux téléphone portable, un Sony Ericsson de 2008, donnant un aspect flou et pixelisé à l'image, ce qui confère à « Dry Leaf » une identité visuelle singulière et cohérente, ainsi qu’une belle poésie picturale.
Mais le cinéaste géorgien ne fait rien, ou pas grand-chose, de ces deux bonnes idées, comme si ces intentions suffisaient à en faire un film de 3 heures... Manifestement, vu les louanges invraisemblables reçues par ce film de la part des Cahiers du Cinéma ou de Critikat, ça suffit... du moins à satisfaire la critique sensible à ce genre de posture auteurisante, qui cache mal une absence d'inspiration... Ah cette fameuse posture dont une partie de la critique snob est si friande... ça me dépasse... Et en même temps, ça explique la désaffection du public pour une bonne partie de la critique cinéma.
Car si l’image est intéressante, bénéficiant au moins de cadrages maîtrisés (mais rien d'incroyable non plus), Alexandre Koberidze se refuse à déployer un vrai scénario. La quête du héros principal est linéaire, rachitique et ultra répétitive, comme du sous Kiarostami, impression renforcée par la pauvreté des dialogues, dont peut-être deux échanges dans tout le film contiennent quelques traits d’esprit dignes d’intérêt. Le film est aidé par la très belle musique de Giorgi Koberidze, frère du réalisateur. Mais le cinéaste n’en fait rien non plus : la musique est comme plaquée aléatoirement sur les images, sans visée narrative… Et pour finir, Alexandre Koberidze ne récompensera pas le spectateur, car au bout de ces 3 heures lénifiantes, le fin mot de l’histoire ne nous sera pas totalement révélé, par une pirouette qui me fait dire que le réalisateur se fout quand même bien de notre gueule…
En entretien, Alexandre Koberidze dit avoir voulu explorer et mieux comprendre les campagnes géorgiennes, après deux premiers longs métrages qui se déroulaient dans des grandes villes du pays. Mais même là, il s’en tient à la surface : il en reste totalement extérieur. Il n’y a pas de vraies et longues rencontres avec des habitants locaux, à l’exception d’une ou deux fois (sur 3 heures !). Et lorsque le héros croise des gens dehors, ils échangent 2-3 banalités, puis se quittent. Visuellement, la caméra reste plantée sur des terrains de foot de fortune, usant de panoramiques et de quelques plans de coupe. C’est bien léger pour une pseudo immersion dans le cœur de la Géorgie rurale… Donc décidément, tout est décevant dans cet essai…
Malgré cela « Dry Leaf » n’est pas forcément un mauvais film, car il comporte quelques bonnes idées ainsi qu’une très belle bande son musicale. Mais il ne démarre jamais vraiment, il nous fait errer dans les limbes du néant artistique, et à aucun moment il ne justifie sa durée démesurée. Ce n’est même pas un film que je déteste… Par contre il m’a beaucoup énervé, ça oui ! Ainsi que les médias qui portent aux nues ce film : attention, arnaque. Ou du moins faux chef-d’œuvre…
[2/4]
