samedi 11 décembre 2010

« Window Water Baby Moving » de Stan Brakhage (1959)

    Paradoxalement, dans sa quête de pureté artistique absolue l'avant-garde moderniste n'a fait que réduire davantage l'investissement de l'artiste, la part de l'homme dans l'oeuvre produite, si bien que cette dernière n'a plus grand chose à voir avec l'art, du moins avec l'art en tant que création. Il serait bien sûr faux d'affirmer que Brakhage ne crée rien avec son célèbre « Window Water Baby Moving », ne serait-ce que par l'idée de maternité (et en filigrane de paternité) qu'il matérialise par l'entremise du montage, du cadrage, bref de la réalisation de son film. Mais son court métrage tiens plus du documentaire clinique que d'autre chose : la part de l'enregistrement « objectif » des faits par la caméra est ô combien prépondérante sur la construction élément par élément de l'oeuvre par l'artiste. Brakhage se joue certes de la matière, contemple son épouse, assiste à son accouchement, partage son appréhension, sa joie ou sa douleur, mais il nous offre là davantage un « film de famille », un souvenir filmé, qu'un chef-d'oeuvre du 7e art, du moins à mon sens. Car finalement qu'a-t-il à nous dire avec « Window Water Baby Moving »? Que la maternité c'est beau, que c'est magnifique, malgré la douleur et les moments d'inquiétude extrême par lesquels on doit inévitablement passer? Je ne lui donnerai certainement pas tort, mais pour autant a-t-on réellement besoin de ce court métrage pour s'en rendre compte? J'utilisais d'ailleurs le mot « jeu » pour évoquer la façon de faire de Brakhage : on a l'impression qu'il s'amuse avec sa caméra, qu'il « joue » véritablement avec, qu'il essaie de se surprendre par ce qu'il filme... C'est certainement ce que tous les cinéastes font en un sens, mais pas dans cette proportion il me semble. Car ici tout repose sur l'enregistrement d'un fait par la machine, puis après par la réorganisation des images enregistrées par Brakhage lui-même. Par la sélection qu'il opère, par les choix qu'il fait, je l'ai déjà dit il crée donc quelque chose d'une certaine manière, mais ce « quelque chose » reste d'une envergure réduite, relative. Il ne reste quasiment qu'à la surface de ce qu'il filme, il reste dans le particulier et n'atteint pas le stade universel que touche tout grand artiste digne de ce nom, ou s'il l'atteint, cela reste de l'ordre du truisme... Car créer de l'art ce n'est pas reproduire une « réalité » visible, objective, c'est aller au-delà, et c'est ce qui fait la beauté même du cinéma! A part un sentiment mitigé de voyeurisme et de « suspense », et bien sûr le caractère émouvant que présente tout accouchement, « Window Water Baby Moving » n'a malheureusement pas grand chose à partager...

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