mardi 19 juillet 2011

« Identification d’une femme » (Identificazione di una donna) de Michelangelo Antonioni (1982)

Un cinéaste en panne d’inspiration recherche une actrice pour un vague projet de film. Pendant ce temps, il entretient une relation amoureuse avec une jeune femme mystérieuse qui bientôt disparaît. Tandis qu’il semble, en apparence, faire le deuil de cette relation en fréquentant une comédienne de théâtre, il reste néanmoins hanté par la jeune femme et se met à sa recherche. L’enquête qu'il mène pour la retrouver fait alors écho à la recherche de l’actrice de son film... On retrouve tous les thèmes de prédilection d’Antonioni dans «Identification d’une femme» : la disparition, l’absence, l’errance, l’intrigue et le mystère, l’incommunicabilité, le couple. Mais ces ingrédients sont si présents et si visibles que, pour la première fois peut-être chez le cinéaste, on comprend très vite la recette, ce qui enlève une part non négligeable de magie au film. On peut également ressentir un léger sentiment d’inachevé, tant certaines pistes ouvertes ne sont au final nullement exploitées (comme le processus créatif de l’artiste par exemple). «Identification d’une femme» appartient à la seconde manière d’Antonioni et s’inscrit pleinement dans la continuité de «Blow up» ou de «Zabriskie Point». On y retrouve le regard presque sociologique du cinéaste sur la société italienne de ce début des années 80 (après le Londres et l’Amérique de la fin des années 60), regard pertinent mais qui ancre temporellement le film (sentiment renforcé par l’utilisation d’une musique électronique très datée). Depuis «Blow up », Antonioni propose un cinéma de qualité certes, mais qui n’affiche plus la radicalité de mise en scène et la créativité de ses films antérieurs, de «l’Avventura» au «Désert rouge». On peut même noter ici une certaine redondance dans les procédés narratifs du cinéaste et on se retrouve à attendre, car on sait qu’elles vont arriver, les rituelles séquences de virtuosité formelle auxquelles Antonioni nous a accoutumés (en principe en plein milieu et à la toute fin des films). Et on a bien droit ici à une séquence époustouflante en plein cœur du film, où il est question d’une disparition dans un brouillard soudainement tombé. Séquence visuellement magnifique, dont l’inquiétante poésie nous fait pénétrer dans ce qui semble être une autre dimension, le monde parallèle créé par le brouillard, et qui marque la rupture entre les deux parties du film. En revanche, la séquence finale s’avère fort décevante, Antonioni s’essayant à une poésie science-fictionnelle quelque peu naïve, au moyen d’effets spéciaux ayant bien du mal à cacher leur honte… Si cette critique reflète bien une certaine déception, il n’empêche que «Identification d’une femme» reste l’œuvre d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens, un film auscultant avec acuité les rapports homme/femme dans une société déterminée et traitant poétiquement de la quête amoureuse d’un homme n’ayant pas sa place dans le milieu bourgeois qui l’environne. Le dernier bon film d’Antonioni.

[2/4]

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