mercredi 13 juillet 2011

« L'Eternité et un jour » (Mia eoniótita ke mia méra) de Theo Angelopoulos (1998)

    Le cinéma de Theo Angelopoulos est ambitieux, malheureusement le réalisateur grec n'a de toute évidence pas les moyens de ses ambitions. Fait d'autant plus embêtant qu'il franchit le difficile équilibre qui fait d'une oeuvre un simple et joli concentré d'émotion, au point de paraître prétentieux (reproche que je ne formule jamais, mais là...). A vrai dire ses idées sont bien trop explicites pour voiler son envie d'être reconnu par ses pairs et la postérité dans le même temps (semble-t-il)… Ici encore on sent un véritable travail d'écriture, et une admirable maîtrise du cadre. Mais son utilisation excessive du plan séquence discrédite souvent son film, dès lors qu'il sert de transition abrupte avec un autre espace-temps, anémiant l'unité et la vraisemblance de son oeuvre. Angelopoulos veut trop en dire dans ses films, du moins de façon bien trop triviale et emphatique. Son esthétique consensuelle n'en est que l'une des expressions : un peu d'Antonioni (des mauvais jours) ou de Fellini par ci, un peu de Wenders ou de Tarkovski par là, un soupçon d'académisme… N'oublions pas l'arrière plan politique, et voilà une mécanique bien huilée, calibrée pour les festivals (oui je sais, c'est facile, mais néanmoins… avéré). Hélas il manque cette délicate alchimie qui fait d'images, de sons et d'idées une oeuvre d'art, ou tout du moins il manque à Theo Angelopoulos une réelle personnalité artistique. Il manque du mystère, et de la poésie digne de ce nom! Reste Bruno Gandtz, toujours aussi touchant…. Mais c'est bien peu. Beaucoup de clichés et de facilités au final, et la désagréable impression de perdre son temps devant un cinéma d'une fadeur… Il suffit de sortir un peu pour s'emplir les yeux d'images bien plus belles! D'autant que son art est sérieusement concurrencé par la publicité : rappelez-vous celle pour le CNP au son de la seconde valse de Chostakovitch. C'est un peu l'idéal artistique d'Angelopulos, non?

[1/4]

3 commentaires:

  1. Un cinéaste qui se "conformise" en vieillissant. C'est un syndrome connu (voir le "Par delà les nuages" d'Antonioni ou "La voce della luna" de Fellini justement).
    Il reste néanmoins à mon sens l'un des cinéastes européens majeurs de la seconde moitié du 20 ème siècle. Dommage qu'il ne bénéficie en France que de la visibilité de ces deux films ("L'éternité et un jour" et "Le regard d'Ulysse") édités par Arte. Son oeuvre antérieure est d'une toute autre ampleur.

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  2. C'est en effet une dynamique commune à bien des artistes, qui contrairement à Béla Tarr par exemple (s'il reste sur sa position) ne savent pas s'arrêter tant qu'il est encore temps... D'autres en revanche ne font que s'améliorer, mais ils sont très rares... Et Angelopoulos n'est apparemment pas de ceux-là.

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  3. D'ailleurs l'Antonioni dernière période est en effet tout à fait dans le genre... J'avais vu le segment Le Périlleux enchaînement des choses, inclus dans le film « Eros », et c'est peu dire que j'avais honte pour lui...

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