samedi 4 janvier 2014

« Vie » (Kyanq) d'Artavazd Pelechian (1993)

    Qu'est-ce qui différencie un artiste du « commun des mortels » (dont il fait bien évidemment partie) ? Son regard. C'est aussi ce qui différencie Artavazd Pelechian d'un Stanley Brakhage. Comparons leurs deux courts métrages sur l'accouchement d'une femme. Quand Brakhage nous montre sa femme sous toutes les coutures, et avec insistance (voir ma critique ici), Pelechian choisit de ne montrer que le visage d'une femme qui accouche, avant de filmer triomphalement un bébé, puis des tous jeunes enfants et leurs mères. Et c'est peu dire qu'il a fait le bon choix, à mon sens : le court métrage de Pelechian produit en nous un effet bien plus subtil et supérieur que celui de Brakhage. On lit sans peine sur le visage de son sujet la douleur de l'enfantement. Mais par moments, elle semble respirer une sérénité surprenante quand on sait l'épreuve que représente un tel évènement. Ce qui fait que contrairement au film clinique de Brakhage, le court métrage de Pelechian est étonnant, fascinant... et beau, magnifique même. Sans compter qu'il est accompagné d'une fort belle musique, notamment l'Offertoire du « Requiem » de Verdi. Et une fois de plus, l'alchimie fonctionne, les images s'animent au son d'une si jolie partition. Certes, elles se suffiraient presque à elles-mêmes. Mais Pelechian a l'art (ô combien rare) de trouver la bande son qui sied parfaitement à ses prises de vues, qui, en retour, ne dénaturent pas l’œuvre musicale, joie! Pelechian confirme donc qu'il est un authentique artiste, au regard précieux. Et que son art n'a pas les défauts des films dits (pompeusement) d'avant-garde, malgré ses audaces stylistiques (notamment au montage) : au contraire de Brakhage, Pelechian cherche à sonder l'âme humaine, et non à étaler puérilement des procédés techniques qui devraient, il me semble, s'effacer au profit d'un discours artistique digne de ce nom.

[3/4]

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