vendredi 19 novembre 2010

« Glory to the Filmmaker! » (Kantoku Banzai!) de Takeshi Kitano (2008)

    Regarder un artiste se moquer de lui-même, de ses tics de créateur, des clichés de son art n'est pas des plus déplaisants. En outre, le fait que Kitano rappelle à notre bon souvenir qu'il n'est pas seulement un réalisateur destiné à ne tourner que des films violents de yakuzas ou sentimentaux un peu plan-plans n'est pas en soi une mauvaise idée : même si son statut de comique gras au Japon n'était déjà pas fameux, il n'hésite pas à égratigner son image de cinéaste « établi » d'une façon flamboyante, puérile certes mais pour le moins réjouissante. Ainsi « Glory to the Filmmaker » constitue depuis son titre ironique jusqu'à son achèvement l'expression criante de l'incapacité artistique du réalisateur japonais. Manifestement, à l'époque du tournage de « Glory To The Filmmaker » Kitano traversait une grave crise d'inspiration, mais contrairement à Fellini (clin d'oeil : ici le long métrage est sous-titré « Opus 19/31 »), en portant à l'écran ses errements il n'arrivera pas à « créer » quelque chose, ou du moins pas quelque chose digne d'un tant soit peu d'intérêt (à vrai dire il le fera, mais plus tard, avec « Achille et la Tortue », véritable aboutissement du présent long métrage et véritable réussite cette fois dans la proposition d'une oeuvre digne de ce nom conjuguée à une réflexion sur l'art, riche de sens et d'émotions). Ici l'impossibilité de faire est totale : Kitano s'autodissèque sous nos yeux (il se dédouble d'ailleurs en une poupée inexpressive : on l'aura compris Kitano se caricature à l'extrême), et on peut le voir trébucher encore et encore sans qu'il ne se relève jamais, pour finir triomphant dans un ultime sursaut d'autodérision. Littéralement, Kitano traduit en image son parcours, se montre en train de s'essayer à divers genres de cinéma (sympathiques caricatures de films d'Ozu et autres Jidai-geki), pour finalement revenir à ses premiers amours comiques, faisant la part belle à l'humour absurde et régressif. S'il s'agit bien d'un grand moment de n'importe quoi, assez drôle et intéressant pour comprendre le cheminement de Takeshi Kitano... ça s'arrête là. En effet Kitano rit de lui, mais il rit jaune, et le spectateur fera certainement de même, surtout s'il porte quelque peu d'intérêt à l'art du japonais : c'est amusant d'observer Kitano se cogner aux murs, mais on aimerait (tout comme lui certainement) qu'il réussisse enfin à trouver sa voie.

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