mardi 7 juin 2011

« Bande à part » de Jean-Luc Godard (1964)

    Il est de notoriété publique que « Bande à part » n'est pas vraiment le film préféré de Jean-Luc Godard. En effet, ce n'est pas son meilleur. Mais c'est peut-être pour cela qu'il est aujourd'hui si appréciable, car à l'époque Godard s'y montrait tel qu'il était : un jeune auteur à l'esprit de contradiction et en quête d'inspiration, amoureux fou du cinéma et de la littérature, éternel hyperactif de la trouvaille cinématographique (pas une seconde sans qu'une idée de mise en scène ne traverse le plan)... Et il ne se posait pas tant de questions sur le cinéma (du moins ne l'affichait-il pas encore trop). Il semblait tourner comme il respirait, c'était juvénile, impertinent, frondeur, léger, maladroit, superficiel mais touchant... Pas de politique, pas de verbiage, quelques citations mais plutôt bien intégrées... Et une simplicité salvatrice. Certes, Anna Karina n'y est pas franchement étincelante ni à son avantage, de surcroît le scénario relève clairement de la série B... qu'importe, la photographie de Raoul Coutard est magnifique, Claude Brasseur et Sami Frey sont éminemment antipathiques et sympathiques à la fois, la voix-off de Godard dépareille avec l'ensemble mais ce n'est pas grave, ça tient! Miraculeusement, sans doute en raison de la foi inébranlable du Godard d'alors, impossible de résister à son long métrage. Oui il comporte nombre de défauts, mais ce sont les défauts d'un artiste jeune et sincère. Pour le reste le rythme s'avère trépidant, la musique de Michel Legrand demeure fort appréciable, et Paris est une fois encore sublimée par l'esthétique à l'arrachée de la Nouvelle Vague, loin des clichés de carte postale (même si ce mouvement a engendré des épigones ayant tristement terni son ambivalent héritage). C'est que ce long métrage est « juste », comme s'il vivait de lui-même : est-ce l'histoire de jeunes oisifs ne sachant pas trop quoi faire de leur peau, mais tentant de réaliser un « joli coup »? C'était certainement l'état d'esprit du Godard d'alors, du moins c'est ainsi que je vois « Bande à part », et c'est ainsi que j'explique mon engouement. Un film qui rend terriblement nostalgique...

[2/4]

3 commentaires:

  1. "Bande à part" est effectivement un film touchant, par cette énergie de la jeunesse très bien retranscrite par Godard. Brasseur notamment y est comme on ne le verra jamais plus. Les mouvements de son corps, cette allure sportive pleine d'énergie contenue... J'étais étonné de découvrir cet acteur comme ça.

    Après ça reste pour moi un film mineur de Godard, dont je suis de plus en plus attaché à la deuxième partie de sa filmographie. Ses derniers films (à l'exception de "Film socialisme" qui dénote une baisse de régime) sont emplis d'une douce et étrange poésie qui me séduit grandement. "Notre musique" compte même parmi mes 2 ou 3 films préférés du cinéaste. Je n'ai pas encore osé me risquer à en parler mais peut-être que ça viendra.

    RépondreSupprimer
  2. C'est drôle, j'avais au départ écrit une critique encore plus nostalgique de cet ancien Godard, mais à la réflexion je me suis ravisé : on passe un excellent moment certes, mais après coup l'on se rend compte que c'est peut-être trop naturaliste et trop puéril pour marquer durablement... Ce qui fait que j'ai d'autant plus envie de donner une deuxième chance au Godard « d'après », je compte justement emprunter « Eloge de l'amour » et « Notre musique » d'ici peu!

    RépondreSupprimer
  3. «Notre musique» et «Eloge de l'amour» sont pour moi parmi les plus beaux films de Godard. Ils dégagent tous deux une poésie inimitable qui en font, avec Histoire(s) de cinéma, les fruits peut-être les plus aboutis du cinéaste. Je ne peux que vous encourager à les découvrir ... :-)

    RépondreSupprimer

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...