jeudi 30 juin 2011

« Week-end » de Jean-Luc Godard (1967)

    Hum... Que dire devant ce véritable suicide cinématographique? Je ne sais même pas si ça vaut la peine que j'en parle, il faut le regarder, tout simplement : le voir pour le croire. Ce n'est ni bon ni mauvais, ou plutôt si, c'est à la fois bon et extrêmement mauvais, et le résultat est à peine moyen. Mais on rit beaucoup, c'est déjà ça! On retrouve tout l'humour godardien, se jouant des codes sociaux comme cinématographiques dans un esprit résolument régressif. « Week-end » est une plaisanterie adolescente, mais quelle plaisanterie! Une sorte de mauvaise farce rimbaldienne, trainant avec elle son lot de tics exaspérants, de bêtise insondable... et de moments réjouissants, et même touchants (bien qu'ils soient rares, je le concède). Je vois dans ce film l'équivalent soixante-huitard (à peu de choses près) du « 99 Francs » de Jan Kounen. Un truc à la fois d'un mauvais goût savamment cultivé, fascinant et vomitif à la fois, et d'une justesse certaine, dans sa capacité à capter l'esprit d'une époque dans ses pire défauts et apparences, et à en faire quelque chose... d'aussi contradictoire. Bon, ce quelque chose vaut ce qu'il vaut, mais malgré tout (et surtout malgré lui) il invite quelque peu à la réflexion, notamment sur ce qui nous entoure et la société dans laquelle on vit : « Week-end » est encore d'actualité, c'est étonnant à quel point, et je ne sais pas s'il faut s'en réjouir... Bref, dans « Week-end » Godard s'amuse comme un sale gosse, et on le suit la plupart du temps. Certains passages sont vraiment ratés, et laissent entrevoir les rouages de la mécanique godardienne (le côté improvisation théâtrale qui n'a rien à dire et fait tout pour attirer l'attention du spectateur. Horrible). D'autres par leur répétition viennent amoindrir la puissance du film (pourquoi cette manie de répéter des passages qui ont bien marché au début du film? C'est une énigme pour moi...). Et puis d'autres encore, sont tout bonnement irrésistibles. C'est loin d'être le meilleur Godard, mais il vaut le coup d'oeil! Attention à l'indigestion toutefois...

[2/4]

3 commentaires:

  1. Pour ma part, j'aime beaucoup ce Godard, le film le plus violent du cinéaste. Pas son meilleur c'est certain, mais terriblement clairvoyant, comme tu le dis, dans sa capacité à saisir l'esprit d'une époque. C'est à mon sens l'une des oeuvres les plus justes réalisées à et sur cette époque.

    Et puis dans la mise en scène, on peut certes y trouver une certaine lourdeur, il n'empêche que ça reste d'une inventivité rare (le travail sur les couleurs est génial notamment) même si très démonstratif. Mais il faut pas oublier qu'on regarde le film presque 50 ans après sa réalisation!

    Réalisé après l'affreux "La chinoise", "Week-end" est à mon sens le dernier grand film de Godard de cette période. Il faudra attendre 13 ans pour voir le cinéaste revenir au plus haut niveau, avec "Sauve qui peut (la vie)".

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  2. Il faudrait que je revoie ce film, je crois que je n'ai pas suffisamment saisi où il voulait en venir... Il faut dire que je n'avais pas lu le pitch avant d'aller le voir, après coup tout s'éclaire! Pour moi ça reste l'un des Godard les plus caustiques, peut-être bien l'un sinon le plus violent de ses longs métrages en effet.

    Je crois que j'ai vu trop de Godard ces derniers temps et que je sature... En fait mon malheur est que je l'ai découvert avec ce qui demeure pour moi (du moins pour l'instant) ses chefs-d'oeuvres : « A Bout de Souffle », « Le Mépris », « Pierrot le Fou », et puis « Le Petit Soldat » et « Vivre sa vie », que j'apprécie un peu moins mais qui possèdent une grand envergure (je les admire sans les aimer autant que les autres). Du coup chaque nouveau film de Godard que je vois m'est douloureux, en ce sens qu'il semble me dire que si j'aimais tant son cinéma au début, c'était peut-être sur un malentendu...

    C'est dire avec quelle impatience j'attends de visionner « Notre musique » et « Eloge de l'amour », afin d'être davantage fixé sur mon affection pour le cinéma godardien!

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  3. Le Godard du début ("A bout de souffle", "Pierrot le fou", "Le mépris"), n'est, au final, peut-être pas celui que je préfère...
    Peut-être que je les ai trop vus et que je m'en suis lassé. "Le Mépris" reste un chef d'oeuvre, c'est certain. Quant à "A bout de souffle", c'est loin d'être celui que je préfère ("Le petit soldat" est à mon sens bien supérieur). "vivre sa vie" est un très beau film, je suis d'accord. Je rajouterai à cette liste des films de la première période "Une femme mariée", que j'ai trouvé magnifique (c'est visuellement du Bergman de la même époque, c'est à dire celui de "Persona").

    Aujourd'hui, c'est plutôt vers "Sauve qui peut (la vie)", "Je vous salue Marie", "Notre musique", et les histoires du cinéma que je donnerai ma préférence. Mais certainement parce que je les connais moins et que j'ai besoin de les revoir. En tout cas, le cinéma de Godard ne s'arrête pas, comme je pouvais le penser avant, à "Pierrot le fou". Loin de là.

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